Depuis septembre 2019, la maison de la culture de Namur, Le Delta, est à nouveau accessible. Au terme d’un intensif processus d’étude, ce bâtiment original, conçu par Victor Bourgeois, a été rénové par Philippe Samyn and Partners.

Le bâtiment date de 1964, soit deux ans après la mort de Victor Bourgeois. Le projet était totalement imprégné de son style moderniste. Dès ses premières esquisses, l’architecte avait imaginé le bâtiment comme un ensemble regroupant une construction, un espace public, de l’art et de l’architecture de jardin. L’implantation du nouveau « palais de la culture » en plein cœur historique de Namur était également une réussite : au confluent de la Sambre et de la Meuse, à côté de l’historique Halle al’Chair où l’on vendait de la viande au 16esiècle, longée par le jardin dessiné par René Pechère qui jouait un rôle de tampon entre la rivière et le bâtiment.
Devant celui-ci a été aménagée une imposante place habillée des œuvres de différents artistes bruxellois et wallons. On n’avait pas lésiné sur les finitions : marbre, noyer, détails en cuivre, grands lustres et verre de Venise conféraient au bâtiment une présence imposante.
En hommage à l’homme politique et écrivain namurois François Bovesse, le bâtiment –jouxtant le centre culturel où avaient lieu des expositions et des spectacles– avait été conçu comme centre de congrès (international), avec le programme ad hoc (un club très select, un restaurant chic). Dans la mouvance de Mai68, on trouva cet endroit élitiste et extravagant. Rapidement, l’attention se porta vers un public plus large : dans les années qui suivirent, le bâtiment allait accueillir différentes initiatives avec pour objectif de rapprocher l’art et le public par le biais de studios de dessin et d’ateliers, et plus tard, une bibliothèque.
Cependant, au début du 21esiècle, une rénovation était devenue urgente. Comme de nombreux éléments du patrimoine moderniste, la maison de la culture était confrontée à la fragilité de son enveloppe, à des installations techniques obsolètes ainsi qu’à des problèmes de sécurité et d’accessibilité. De plus, par son implantation à la lisière du centre historique de la ville, le bâtiment semblait quelque peu coupé du tissu urbain. La grande place, elle non plus, n’a jamais véritablement bien fonctionné comme espace public.
Le projet de rénovation débuta en 2009 par une phase de master plan participative, dans le but de cartographier l’ensemble des besoins (techniques, programmatiques, urbanistiques) et de reconstituer un premier puzzle. Ce master plan servit de base à un concours remporté en 2015 par Philippe Samyn and Partners.
Aujourd’hui, quand on traverse le pont de la rue du Pont, on peut voir s’activer des ouvriers. Le spectacle laisse imaginer qu’on a voulu le meilleur pour ce coin de Namur. Depuis l’autre rive, Le Delta a des allures de construction neuve bizarrement implantée. Et cela n’est pas étonnant : de la façade moderniste d’origine, rien n’a été conservé. Des volumes blancs et un bardage en bois sont venus habiller l’ancienne volumétrie. On peut encore distinguer la forme caractéristique de l’ancienne salle de concert et le bâtiment d’exposition cintré, qui ont été complétés par de nouveaux volumes destinés à accueillir le programme supplémentaire. L’ensemble, qui pourrait sembler un peu incohérent, se tient grâce à l’uniformité des finitions. Les surfaces blanches passent subtilement au second plan par rapport à l’historique et baroque porte de Sambre et Meuse et la Halle al’Chair.
En son socle, le bâtiment s’ouvre luxueusement sur la rivière. Intelligemment situé, le restaurant bénéficie dès lors d’une terrasse. Cette implantation semble efficace puisque même en décembre, des étudiants s’arrêtent pour profiter d’une pause au soleil de midi sur les escaliers.
À hauteur de l’entrée sur la place se trouve la salle Tambour, une salle de concert circulaire. Au niveau du sol, un cylindre blanc se fond dans une base aux détails nets. Cet espace qui protège la zone d’arrivée située devant l’entrée deviendra prochainement une librairie.
Pour l’instant, l’entrée manque encore d’ordre et d’aménagements. Dans son coin, la billetterie est peu visible, et l’accès au restaurant ressemble quelque peu à une entrée de service. Dans le foyer jadis si luxueux, lustres vénitiens et colonnes en cuivre font concurrence aux plafonds à cassettes acoustiques et aux nouvelles balustrades en acier.
La Grande Salle, au cœur du bâtiment, est le prototype d’une salle de concert moderne. La fresque animée du peintre Yves Zurstrassen confère à l’espace un soupçon de caractère supplémentaire.
Les délicats détails de la façade en bois et des grilles en acier des cages d’escalier extérieures sont absents dans la plupart des salles d’exposition. Le 7e Cielest à cet égard une exception : la salle la plus haute du volume en demi-cintre donne une vue magnifique sur le confluent de la Sambre et de la Meuse. Cachée entre les ailes du bâtiment, la terrasse sur le toit est également un endroit très agréable.
Le bâtiment montre encore quelques faiblesses, notamment un manque de signalisation et des finitions parfois un peu légères, mais dans tous les espaces informels, que ce soit le foyer, la salle de lecture ou le restaurant, on peut voir des gens installés pour lire et travailler. Ce qui laisse supposer qu’un bâtiment tel que Le Delta aura bel et bien sa place dans le tissu urbain namurois.


Architect Philippe Samyn and Partners
Website samynandpartners.com
Official project name La maison de la culture de la Province de Namur, Le Delta
Location Namur, Belgium
Programme Theatre hall, exhibition spaces, bookshop, offices
Procedure Design-build competition
Client Province de Namur
Lead contractor Coeur de Ville (Entreprise Thomas et Piron)
Structural engineering MC-carr.
Services engineering SIX Consulting & Engineering, DTS & CO
Building physics Cenaero
Sustainability SIX Consulting and Engineering, DTS & CO, SECO
Acoustics Altia
Completion September 2019
Total floor area 8,560 m.
Budget € 16,455,197 (excl. VAT and fees)
Product / Supplier Colt (solar shading systems), STO (facade)