Une étude alarmante sur la qualité de l’air aux abords des écoles fait l’effet d’une bombe auprès des parents des enfants de l’école primaire Maria Boodschap à Bruxelles. Tous les vendredis, des parents indignés – parmi lesquels l’architecte Annekatrien Verdickt – bloquent la rue pour pousser les autorités compétentes à passer à l’action. Le mouvement citoyen Filter Café Filtré est né. On est en 2018, année où Greta Thunberg lance également son Skolstrejk för klimatet. Ces actions sont à l’origine d’OpenStreets, une expérience unique dans laquelle les rue sont temporairement autogérées.

© Ivan Put

Oser bloquer une rue est un acte qui parle à l’imaginaire collectif. Les médias – tant la presse écrite que les journaux télévisés – se ruent sur les images des actions menées aux portes des écoles et font en sorte qu’elles se répandent comme une traînée de poudre dans les autres établissements primaires. Ces actions finiront par être menées dans pas moins de 173 écoles à Bruxelles et ailleurs.

Le succès de la désobéissance civile est avant tout politique, la thématique étant rapidement intégrée à l’agenda politique. Et quand la pandémie du coronavirus éclate quelques années plus tard, le mouvement citoyen s’intensifie.

Lors du confinement, le besoin d’espace public est plus grand que jamais. L’idée des rues scolaires évolue vite vers les « rues d’été » – fermées au trafic routier, ouvertes aux piétons. Ici, il s’agit en l’occurrence de la rue Picard, juste devant la maison d’Annekatrien Verdickt. La patte de l’architecte est visible dans la mise en scène et la programmation. Des transats, des tables de travail et des plantes sont disposés dans la rue pour en faire un prolongement du séjour. Des ronds sont peints sur l’asphalte suivant un gabarit de 1,5 m. La pharmacie abandonnée est rebaptisée Barmacie.

© Ivan Put

La rue Picard jette les bases des OpenStreets lors du second été de la pandémie – c’est de l’urbanisme instantané. L’ambition réside dans l’échange culturel et dans un travail collectif sur le rêve. Des organisations artistiques telles que KANAL, le KVS, le Kaaitheater et Ultima Vez utilisent la rue comme scène. Cultureghem permet aux gens de goûter leurs spécialités culinaires respectives. Le centre de jour pour personnes avec un handicap mental déplace lui aussi ses activités à l’extérieur. Des ateliers axés sur l’imagination permettent aux participants de créer la rue ensemble.

OpenStreets est également un urbanisme particulièrement tactique. Tandis que les autorités locales ne manifestent absolument aucun intérêt à ouvrir la rue Picard, son statut de route régionale tombe à point nommé pour obtenir l’autorisation via le gouvernement régional. Plus tard, l’accord donné du bout des lèvres pour autoriser une ouverture temporaire des rues pendant à peine une ou deux semaines aboutira à un programme s’étalant sur plusieurs années, se propageant à de nouvelles rues. L’approche rhizomique offre l’avantage de faire chaque fois découvrir à d’autres habitants et organisations les effets bénéfiques de la rue ouverte.

L’activisme en faveur des rues ouvertes va de pair avec une opposition à cette démarche. Les protestations contre les rues ouvertes ont atteint leur paroxysme à l’été 2023, lorsque des groupes d’adeptes de la voiture s’en sont pris au plan régional de mobilité Good Move. OpenStreets en fait également les frais, tout en continuant à prôner l’optimisme comme devoir moral de l’activisme. Les rues ouvertes sont les laboratoires où se concocte la ville saine, sociale et équitable. L’intimidation des preneurs d’initiatives, des habitants et des responsables politiques est malheureusement inévitable.

Dans l’édition 2023, l’autogestion temporaire de la rue a abouti à des micro-interventions telles que l’élargissement de l’angle de la rue devant la Barmacie, avec des plantations et une balançoire. Cette intervention est une manière de laisser une trace de l’utilisation utopique et éphémère de la rue pendant l’été. Cela fait longtemps qu’il n’est plus seulement question d’air pur aux abords des écoles ; l’enjeu comprend désormais également la sécurité routière, la cohésion sociale, l’échange culturel, l’épanouissement mental et bien d’autres choses encore.

© Ivan Put

Architect Filter Café Filtré Atelier

Website fcfatelier.be

Project name OpenStreets

Location Brussels

Programme Activation of public space, i.e. the street, trough experiment, play, cooking, workshops and tactical urbanism

Procedure Call Brussel op vakantie – Bruxelles en vacances (Brussel Mobiliteit – Bruxelles Mobilité)

Client Society

Landscape architect Jan Minne

Structural engineering Jan Terwecoren (micro-interventions)

Sustainability Vito

Lead contractor Tournevie, Hamaco

Completion Recurring project

Total floor area 7,000 m2

Budget N/a