L’histoire commence lorsqu’un client fidèle de V+ se lance dans une opération immobilière sur les hauteurs du parc Duden. Dans le bas, le terrain est occupé par un manoir, mais, dans sa partie haute, c’est une friche que le client a l’idée de densifier. Après une longue saga juridico-financière, celui-ci jette l’éponge et revend son bien en deux morceaux. La topographie du terrain haut est ingrate, le volume capable autorisé est étroit : il n’en fallait pas plus pour que l’un des fondateurs de V+, entre-temps familiarisé avec le lieu, en tombe amoureux et veuille l’occuper avec sa famille.
De ces péripéties atypiques qui se sont étalées sur plus de dix ans, résulte une maison simplissime, joyeusement bavarde par les récits qu’elle convoque plutôt que par son architecture. Un projet dans lequel vingt ans de pratique architecturale sont mis à profit pour concevoir la maison la plus simple possible. Les explications architecturales se résument d’ailleurs en quelques mots : une pièce, multipliée douze fois. Blocs de terre cuite, bois. Si on a froid : un feu. Si on a chaud : on aère. Pas de système de ventilation coûteux. Pas de produits issus du pétrole ! Pas de mur à coulisse ! Ici, la question de la durabilité est déplacée vers celle de la pérennité : murs massifs, simples grilles de ventilation, pare-vapeur de chaux. Nul besoin d’expertises savantes pour construire ni entretenir la maison. La visiteuse écarquille les yeux : dans le cadre normatif actuel, c’est possible ? Oui, moyennant un peu de ruse, et l’aide d’architectes – Central Ofau, Sophie Dars – et de techniciens fidèles – Bureau Bouwtechniek, SEA, Greisch, Didier Vander Heyden – intéressés par le défi de ne presque rien faire.