Le nouveau pavillon du Centre Frans Masereel à Kasterlee, fruit d’une collaboration entre les bureaux d’architecture List et Hideyuki Nakayama, est tout sauf hiérarchisé. Conçu à l’angle d’une rue, il ne génère quasiment pas de frontières physiques entre les différents espaces polyvalents, situant dès lors la rencontre entre les usagers au cœur du bâtiment. L’artiste Jean Glibert a été sollicité pour mettre littéralement en couleurs cette expérience unique.

Caché par la dorsale des collines campinoises, à l’articulation du Kabouterberg à Kasterlee, se niche un des plus grands centres de graphisme et d’impression d’art d’Europe. Le Frans Masereel Centrum (fmc) est un laboratoire offrant à des artistes nationaux et internationaux une résidence pour créer, expérimenter et se rencontrer dans des ateliers proposant de nombreuses tables de sérigraphie et de gravure ainsi qu’un atelier numérique. La collaboration entre les architectes parisiens de List et japonais de Hideyuki Nakayama s’est traduite dans un nouveau pavillon qui renforce le fonctionnement actuel du centre. Côté belge, c’est le Bureau Bouwtechniek qui a assuré le suivi de l’ensemble, tandis que le peintre Jean Glibert réalisait une intervention artistique affirmant le lien entre le pavillon et les arts graphiques.

© Xavier Delory

En 1972, le fondateur Fons Mertens avait fait construire un nouveau bâtiment d’après un projet de l’architecte Lou Jansen. Inspiré par la construction et la forme des moulins à vent, le bâtiment principal est composé d’un cœur central flanqué d’un grand espace-coupole. Une dizaine d’unités de résidence triangulaires ont été construites ultérieurement afin de garantir une offre de résidences artistiques de qualité. Avec le bâtiment principal rond et sa coupole – qui abritent l’atelier principal – et deux étroites ellipsoïdes, les maisonnettes donnent au fmc des airs de village. Le concept de communauté d’artistes est un des piliers importants du centre. Le nouveau pavillon – un « machikado », terme japonais signifiant « angle de rue » – favorise lui aussi le passage et l’interaction spontanée.

© Jeroen Verrecht

Le fonctionnement actuel du fmc, où se succèdent les expositions, les résidences et les ateliers, requiert une constellation malléable qui ne tente pas de faire entrer les différents programmes au chausse-pied dans un schéma prédéfini, mais qui offre une multitude de possibilités. À la composition s’ajoute une figure géométrique composée d’un cylindre et d’un toit conique. En découpant cette figure, on crée des espaces intérieurs et extérieurs dotés chacun de leur propre identité et atmosphère et reliés par un espace collectif. Tandis que ce cœur stimule le collectif, la périphérie renforce le vécu individuel, proche de la verte campagne. L’extension complète les espaces concaves actuels par l’ajout d’un mur vertical de 120 mètres de long. Le visiteur, piqué dans sa curiosité, a spontanément envie d’aller explorer lui-même les limites à l’intérieur de l’atelier.

Cette non-hiérarchie est à son apogée dans la conception de la toiture. S’inspirant d’une technique de la Renaissance, 762 éléments en bois massif sont assemblés de manière spécifique. Chaque poutre repose sur la précédente et soutient la suivante, ce qui donne pour résultat une toiture « réciproque ».

© Xavier Delory

Ce geste solidaire est également tangible dans l’intervention de Jean Glibert qui fixe une ligne sur la charpente en bois à travers le pivot du pavillon, comme une simple ligne de peinture posée avec une grande précision, accompagnant le regard vers la Campine anversoise. La composition épurée des surfaces peintes met l’ensemble en mouvement. La présence blanche ne se perçoit pas selon une perspective unique, mais change en permanence, en fonction de l’endroit où on se déplace. C’est précisément cette activation que souhaitait Jean Glibert. « L’incidence lumineuse et la forme du bâtiment donnent forme aux couleurs. Par mon intervention, je veux renforcer ce qui est déjà présent. » Au-delà de la solidarité qui s’exprime dans les éléments de structure, l’ensemble du bâtiment et l’intervention de Jean Glibert s’avèrent également généreux dans la manière dont ils mettent sciemment à l’avant-plan le travail des artistes résidents.

Architect List – Hideyuki Nakayama

Website list-oia.com – hideyukinakayama.com

Official project name Frans Masereel Centre

Location Kasterlee, Belgium

Programme Exhibition space, graphic studio, archive, workshop

Procedure Competition (Open Call)

Client Frans Masereel Centre – Flanders Department of Culture, Youth and Media

Execution architect Bureau Bouwtechniek

Lead contractor Vanhout.pro (timber fra- ming for roof structure)

Structural engineering Bollinger + Grohmann – Ney and Partners (execution)

Services engineering Bureau Bouwtechniek

Sustainability Bureau Bouwtechniek

Completion February 2019

Total floor area 417 m2

Budget € 1,100,000 (excl. VAT and fees)

Product / supplier Reynaers (window frames), Nelissen (fa- çade brick)