En 2025, A+ replonge dans ses archives ! L’opportunité de rééditer plusieurs articles passant en revue des projets riches et ambitieux, en lien avec les thématiques abordées dans les nouvelles publications. Pour le A+311 consacré au plan circulaire, nous avons sélectionné plusieurs numéros qui, au fil des années, ont su faire écho aux pratiques modernes : A+31 (1976), A+105 (1989), A+114(1992), A+124 (1993), A+126 (1994), A+135 (1995), A+139 (1996).
Une plongée dans les archives nous suffit pour comprendre l’obsession des architectes pour la forme du cercle. De l’Europe à l’Asie, en passant par l’Afrique, le cercle s’est revêtu d’une importante symbolique, esthétique et fonctionnelle. Bien entendu l’analogie entre le cercle, au sens propre, et la circularité, au sens durable, ne semaient pas encore la confusion dans les esprits. Ici, on parle bien du cercle comme forme géométrique structurant l’espace et exprimant des concepts innovants. Malgré les années, cette configuration autonome a su rassembler des théories et projets toujours plus audacieux les uns que les autres.
Des théories de la géométrie
Dans la quête éternelle d’une architecture juste, on développa de nombreuses théories. En effet, la forme naturelle du cercle possède cette qualité de ne pas figer les lieux et ainsi d’en développer une certaine symbolique. Le cercle accepte souvent plus de liberté pour des théories dites utopiques, tandis que pour son plan, il limite et induit des échanges plus intimes, un entre-soi qui résulte de sa forme.
Le A+31 (1976) constitue un exemple clair d’analyse de l’organisation rigoureuse de l’espace par logique géométrique, scientifique et méthodique. L’article se penche sur quatre projets de Guarino Guarini pour y développer les principes d’ordre et de règles que l’architecte a su concevoir dans ses projets. Le cercle, et ainsi va de soi le plan centrique, sert de base à la réflexion des projets de ce dernier, comme si cette forme acceptait, scientifiquement et esthétiquement, toutes les folies des architectes.

Comme mentionné dans le A+105 (1989), la mission concours pour le nouveau terminal de la gare maritime de Bruges demandait aux architectes de concevoir un bâtiment caractéristique et ainsi, de remémorer les souvenirs de l’histoire du lieu. Dès lors, les architectes ont su développer des projets complexes aux concepts novateurs. De Rem Koolhaas à Fumihiko Maki, le cercle en a vu de toutes les formes : plateforme, tour, sous-bassement… Les idées ne manquaient pas pour marquer stratégiquement l’entrée du port.

Inspiration venue d’ailleurs
Moderne, naturel, utopique, conceptuel, historique, le cercle se développe dans de nombreuses cultures, pays et continents grâce à son éternelle modernité. Vers la fin du XXe siècle, les architectes sont de plus en plus nombreux à pousser les barrières des styles architecturaux européens, afin de développer de nouvelles réflexions puisant de cultures riches et variées.
Dans la quête d’une architecture venue d’ailleurs, l’entretien de Philippe Samyn par Pierre Loze du A+ 114 (1992) nous pousse à réfléchir sur notre façon de concevoir et penser les espaces de travail. L’immeuble fait écho à des traditions riches, variés et rythmés que l’on retrouve dans l’architecture du Moyen-Orient, tout en restant ancré dans les contextes modernes et fonctionnels des espaces de travail.

Omniprésent, le cercle occupe une place essentielle dans la culture et l’architecture japonaise. Dans le numéro de A+124 (1993), Jean-Luc Capron discute de la relation entre l’homme et son milieu naturel à travers plusieurs réflexions philosophiques issues de l’architecture japonaise contemporaine. L’importance d’une harmonie avec l’environnement y est d’ailleurs bien expliquée par Hitsuko Hasegawa : « Je veux concevoir une architecture qui s’inscrive et réponde, aux autres aspects de l’écosystème. J’ai choisi de développer le thème de l’architecture comme seconde nature dans ma pratique professionnelle. » Au même moment chez les architectes japonais, on remarque un tournant dans l’architecture qui devient plus sobre et minimaliste.

Évolution du langage moderne
Dans les années 1990, les architectes commencent à rompre avec le passé face à la pression du marché qui connait une expansion importante de la production du bâtiment. La Belgique quelque peu coincé entre un post-modernisme mainstream et une architecture monumentale, commence à explorer les façons d’intégrer l’architecture à son environnement. Les différents projets publiés à cette époque dans le A+, mettent en évidence l’importance de l’utilisation du plan circulaire acceptant une certaine qualité d’adaptation face aux exigences de confort, d’usage et de signification des projets.
A travers le A+126 (1994), Jan Bruggemans analyse le projet architectural mené par Bruno Albert pour la K.N.S.M. à Amsterdam. Le texte met en avant l’évolution de l’architecture intégrative qui façonne l’identité urbaine, confrontée à des exigences économiques, écologiques et urbanistiques. Ainsi, la structure circulaire semble les protéger du monde sans l’exclure. Ici, l’accent est mis sur la spécificité locale et la collaboration entre architectes belges et néerlandais.

Dans le A+139 (1996), le plan circulaire se présente comme une réponse intelligente qui, tant par son implantation que par sa forme, aborde un aspect symbolique. Le texte souligne l’importance d’une architecture réfléchie et durable, qui prend en compte les évolutions technologiques et les besoins à long terme, en insistant sur la nécessité de repenser la relation entre conception, construction et usage des bâtiments.
