Si l’on considère la ville comme une polis idéale, comme une entité politique, alors l’immeuble d’habitation au sein de la ville fonctionne comme un condensateur social. L’immeuble divise la ville en « moi », « nous » et « eux ». Le périmètre de l’immeuble m’appartient, l’extérieur leur appartient, et l’intérieur nous appartient. Les espaces privés se trouvent en périphérie. Ensemble, ils entourent un espace collectif accessible uniquement aux résidents du bloc. En même temps, cette périphérie isole cet espace du reste de la ville, de l’espace public. De cette manière, les blocs d’habitation sont considérés comme des modèles sociomorphologiques. Par leur forme seule, ils induisent une relation sociale.

La structure tripartite se dissout dans le bloc traditionnel du XIXe siècle. Le cœur collectif peut parfois faire défaut dans la réalité. L’espace intérieur est souvent un puzzle composé de parties privées. D’autres modèles sont rarement aussi transparents. La ville moderne, qui oppose le modèle du campus à la ville des blocs d’habitation, manque de cette clarté. La partie collective n’est pas déterminée sans ambiguïté par l’emplacement des bâtiments. Elle doit donc être ajoutée de manière programmatique. On pourrait dire que la ville moderne tente de définir le collectif comme une entité politique, mais qu’elle ne parvient pas à le traduire littéralement en termes spatiaux. L’activité n’est pas générée par la condition spatiale, mais simplement ajoutée en tant que programme. Quelques postmodernes ont brièvement rêvé d’une ville où les blocs de construction coïncident avec les bâtiments et où la confusion atteint son paroxysme. Le flou des frontières entre ce qui est privé, collectif et public est consolidé en tant que valeur ajoutée. Les bâtiments deviennent des espaces publics, même à l’intérieur. Le collectif est complètement absorbé par le public, et cela est présenté comme un divertissement multiculturel. En réalité, cependant, cela semble plutôt signifier que la frontière entre les zones privées et publiques doit être organisée techniquement. Des clôtures équipées de codes d’accès et de caméras pallient le manque de clarté spatiale.