La Ruine inversée de Gijs Van Vaerenbergh ressuscite le Temple de Dionysos sur le site archéologique d’Héraclée à Policoro, en Italie. Pas dans sa forme littérale, mais dans une interprétation artistique.

D’innombrables sites archéologiques sont disséminés partout dans le bassin méditerranéen. Face à cette abondance, les musées d’archéologie cherchent tous une stratégie permettant de pérenniser l’attrait de leur site. À Héraclée, ville de la Grèce antique fondée au 5e siècle avant notre ère dans le sud de l’Italie, la série de projets artistiques Siris, organisée par le laboratoire interdisciplinaire StudioStudioStudio, participe à la revalorisation du site. Au fil d’un nouveau parcours à travers le parc, des interventions artistiques racontent les histoires pour lesquelles les vestiges matériels manquent.

© Roberto Conte
© Roberto Conte

Au loin, à l’horizon, se dessine la silhouette d’un temple grec. À mesure qu’on s’en approche, l’image se désagrège. La silhouette devient fragmentée et incomplète. Elle n’est qu’un ensemble de volumes massifs qui en révèlent les contours. Elle est emprisonnée dans une grille tridimensionnelle, comme si le Temple de Dionysos était en cours de restauration. Mais ce n’est pas tout. Les lois de la gravité semblent ne pas s’y appliquer. Contrairement aux ruines classiques, où l’édifice se désagrège au fil du temps à partir du sommet, ce temple semble s’être effrité à partir de sa base.

À la Rovina Inversa, le duo d’architectes belges Gijs Van Vaerenbergh inverse de manière spectaculaire le processus de dégradation naturelle. L’usure du temps a fini par réduire à ses fondations le temple de style dorique qui faisait partie de l’Acropole d’Héraclée. C’est exactement sur ces vestiges que se dresse à nouveau la majestueuse silhouette. Grâce à l’installation, l’édifice disparu redevient perceptible dans toute son ampleur. Dépouillé de ses détails et ornementations, le temple prend la forme d’une abstraction contemporaine. Les volumes homogènes viennent éveiller la mémoire collective et évoquent le souvenir de l’archétypal temple grec. Des fragments du fronton, la corniche et les moulures ont été réduits à des formes brutes et sculpturales.

© Roberto Conte
© Roberto Conte

De près, le matériau en apparence massif révèle sa vraie nature. Des panneaux alvéolés en aluminium suspendus dans une structure de douze mètres de haut sont recouverts d’un enduit à la chaux projeté dont la couleur et la texture rappellent le temple d’origine, tout en réduisant les éléments à des volumes égaux. La charpente métallique répartit le poids sur une poutre de fondation qui longe les vestiges archéologiques. Grâce à la méthode de construction adoptée, l’installation permanente est réversible, ce qui permet de préserver l’intégrité matérielle du site archéologique.

© Roberto Conte
© Roberto Conte

Au-delà d’être une sculpture empreinte de nostalgie, l’impressionnant ouvrage est aussi un instrument critique qui remet en question la dégradation naturelle des ruines. C’est dans la théâtralité de son inversion que réside son potentiel de monument contemporain. Il porte en lui la monumentalité du passé, qu’il transpose par un regard contemporain en une installation à la croisée de l’art, de l’architecture et de l’archéologie.

Architect Gijs Van Vaerenbergh

Website gijsvanvaerenbergh.com

Project name Inverse Ruin

Location Policoroa (IT)

Programme Permanent artistic intervention

Procedure Direct commission

Client Museo Archeologico Nazionale della Siritide Herakleia Archaeological Park

Curator StudioStudioStudio

Structural engineering  Michele Masciavé

Completion November 2025

Total floor area 612 m2

Budget N/a