L’exposition Operation Energy NeighbourhoodsOpération Quartiers d’Énergie organisée par Architecture Workroom Brussels réunit des pouvoirs publics locaux, des ingénieurs, des économistes, des promoteurs, des organisations socio-culturelles et des architectes au sein d’un plan d’action collectif pour une transition énergétique exempte d’énergie fossile à l’échelle des quartiers. Joachim Declerck, commissaire de l’exposition : « Ce projet est le plus arrogant et le plus fragile que nous ayons jamais réalisé ».

Operation Energy Neighbourhoods © Michiel De Cleene

Pour réduire les émissions de CO2 et autres gaz à effet de serre dans le cadre de la lutte contre le changement climatique, il est indispensable de faire baisser drastiquement l’énergie consommée par les bâtiments existants. Via les labels PEB et les primes, la Belgique s’est dotée pour cela d’une réglementation qui rejette toutefois largement la balle dans le camp des citoyens à titre individuel. Que constate-t-on ? 65% des primes sont octroyées à des ménages qui, même sans bénéficier de primes, ont les moyens de financer une rénovation, tandis que 51% des propriétaires ne peuvent simplement pas s’offrir la rénovation. Le résultat est qu’à l’heure actuelle, en Belgique, le nombre annuel d’habitations faisant l’objet d’une rénovation énergétique n’atteint pas 1%. Le système semble ne pas fonctionner, mais comment s’y prendre autrement ? De nombreuses études suggèrent d’envisager la transition énergétique au niveau des quartiers. C’est moins cher et plus efficace, par exemple en installant un réseau de chaleur central avec plusieurs sources de chaleur complémentaires collectives, mais c’est aussi une approche sociale et inclusive puisqu’elle sensibilise et mobilise les habitants via les réseaux sociaux existants. Joachim Declerck : « On ne peut pas réduire la transition énergétique à une réglementation – c’est un projet de transformation de la société ».

En s’appuyant sur une trentaine de projets (pilotes) de quartiers d’énergie qui ont été réalisés en Belgique et aux Pays-Bas, AWB propose un plan composé de sept fronts d’action. D’abord, il faut un plan d’action opérationnel et porté à l’échelle d’un quartier réunissant les habitants et les parties prenantes locales (pouvoirs publics, entrepreneurs…) qui actuellement travaillent encore trop souvent en parallèle dans un même quartier, mais dans différents domaines tels que la mobilité, l’énergie, le logement ou la lutte contre la pauvreté. Pour que la réussite soit au rendez-vous, une bonne politique axée sur les groupes cibles, qui prend également au sérieux les plus vulnérables, est indispensable. Les offres de rénovation obtenues via des groupements d’achat collectifs, réductions offertes par les entrepreneurs, solutions complètes de construction standardisées et permis collectifs permettent de partager et diluer les frais de construction et de coordination, et donc de les rendre plus accessibles. Les sources d’énergie sont optimisées et partagées au maximum, de sorte que même les maisons mal orientées peuvent profiter des installations photovoltaïques.

Opening night - Operation Energy Neighbourhoods © Bob Van Mol

Mais qui va payer la facture ? Hanne Mangelschots, commissaire : « Les autorités locales, les entreprises et les citoyens peuvent unir leurs forces et créer une société d’énergie de type public-privé-civil, comme l’a fait la ville de Blankenberge, notamment avec son CPAS, où les citoyens peuvent acquérir des parts ». Ce climat entrepreneurial en faveur de quartiers intégrés sans énergie fossile requiert toutefois que les autorités créent un cadre juridique clair. Et enfin, la réglementation existante et la dérive des labels doivent être examinées d’un œil critique pour qu’elles offrent également une opportunité de trouver des solutions innovantes au niveau de la conception. Le mouvement est d’ores et déjà lancé : la nouvelle directive européenne PEB doit être transposée dans la législation régionale cette année.

Par des schémas et des objets clairs, cette exposition formule une vision puissante et pleine d’espoir. Le défi est gigantesque, ne fût-ce que parce que les domaines appelés à collaborer sont particulièrement nombreux. C’est pourquoi le programme-cadre réunit plusieurs parties autour de la table dans le cadre d’une série de débats, tandis que le public est lui aussi mis à contribution par le biais d’une brochure qu’il est invité à compléter. Vous avez des idées d’action ou des suggestions ? Cette opération a besoin des énergies de tout le monde – jusqu’au 31 mars 2025.