Stephen Bates, du bureau d’architectes britannique Sergison Bates, devient de plus en plus Belge : son palmarès des concours remportés et des projets réalisés en Belgique impose le respect de la plupart de nos architectes. Entre-temps, il a enseigné dans des établissements de renom dans toute l’Europe et aux États-Unis, et a réalisé de nombreux projets notamment en dehors de la Belgique. On soulignera qu’il a publié, seul ou en collaboration avec son partenaire Jonathan Sergison, de nombreux textes, notamment dans Papers #1, #2 et #3.

Il n’est donc pas étonnant qu’il ait présenté à Bruxelles le 12 juin dernier son tout dernier ouvrage Tent poles in the ground, publié sous son seul nom. Le livre comprend 21 courtes réflexions sur l’architecture variant de deux à huit pages, complétées par des plans et des photos. Il ne s’agit donc pas d’essais très élaborés, mais plutôt des réflexions d’un architecte qui, entre ses nombreuses activités quotidiennes, se penche sur ce qu’il fait et ce dont il est capable.

Il le fait toutefois presque toujours – et c’est précisément ce qui rend le livre passionnant – à partir de ce que d’autres architectes, connus ou non, ont réalisé et tenté avant lui. Stephen Bates présente ainsi l’architecture comme une culture ou une conversation d’un genre particulier. La langue n’en est pas le premier ou le seul vecteur, puisqu’il s’agit plus souvent d’observations, d’esquisses et de dessins ainsi que des bâtiments qui en résultent. Dans ces esquisses et dessins, l’architecte simule la pose des piquets de tente qui détermineront l’emplacement et la base de son travail. Dans le premier « essai », Stephen Bates illustre cette idée par une esquisse réalisée par Antonio Coderch pour la Maison Ugalde.

Stephen Bates y ajoute un credo : « L’importance d’une pratique critique visant à faire la synthèse entre la culture locale et universelle qui parle du lieu et des circonstances, d’atmosphère et d’expériences. » Ce credo trouve très souvent son écho dans le livre. On the table, par exemple, retrace la petite histoire de la table en tant que seule pièce de mobilier ayant conservé au fil des siècles un caractère « domestique ».

Le texte le plus intéressant du livre est Collective Domestic – and the house of many rooms. Stephen Bates y constate que le groupe des célibataires, dont le nombre augmente, requiert de nouveaux types de bâtiments. Pour proposer une solution, il s’inspire de nombreux exemples à la fois historiques et contemporains. C’est le seul texte de l’ouvrage qui – à juste titre – est suivi d’un grand nombre d’images accompagnées de légendes qui, en soi, constituent un « essai ». Stephen Bates y fait succinctement la synthèse d’un problème de façon historiquement, culturellement et socialement correcte d’un point de vue architectural. Il est passé maître en la matière. C’est en outre le grand mérite de ce livre.

Tent poles in the ground, sous ses aspects de petit livre plutôt peu épais, compte malgré tout pas moins de 316 pages imprimées sur du papier bible ultramince mais très résistant. Ce papier est si mince qu’on aperçoit sur chaque page le texte ou l’illustration qui figure au verso. On appréciera également le fait que ce petit livre cousu et collé, et pas relié, s’ouvre cependant facilement pour s’offrir à la lecture, sans doute grâce à la couverture souple en lin vert. On soulignera en outre le soin qui a été apporté aux illustrations. La superbe conception graphique signée JANE Studio fait de ce livre un véritable must.

Tent poles in the ground, Stephen Bates, Quart Verlag Luzern, CH, 316 pages, 13 × 18 cm. ISBN 978-3-03761-342-9. Prix conseillé 54 €.