Situé sur les rives du lac Léman, le Théâtre de Vidy Lausanne ne jouit pas uniquement d’un site géographique exceptionnel, il est également abrité dans l’un des joyaux de l’architecture helvétique. Réalisé par Max Bill pour l’exposition universelle de 1964, le pavillon en métal marque une étape importante dans les réflexions de Bill sur la préfabrication. Un demi-siècle plus tard, la direction du théâtre, assurée par Vincent Baudrier, décide de lancer la réalisation d’un pavillon provisoire capable d’accueillir des spectacles supplémentaires. Conçu par Yves Weinand grâce aux recherches du laboratoire IBOIS qu’il dirige à l’école polytechnique fédérale de Lausanne, ce nouveau bâtiment met en pratique les avancées sur les structures en panneaux et les connexions bois-bois.

Tirant son inspiration des structures en origami, le nouveau pavillon se présente comme une boîte aux flancs plissés et légèrement bombés, en plan comme en coupe. À chaque extrémité, le bardage en bois grisé se retourne pour fermer la halle. La structure et l’enveloppe ne forment ici qu’un seul et même élément composé de portiques en panneaux de multiplis assemblés selon deux nappes parallèles qui leur confèrent leur rigidité. Les portiques, tous différents, sont préfabriqués afin d’incorporer les éléments d’isolation et de revêtement dès l’usine, réduisant ainsi les délais de montage et les erreurs d’assemblage. L’élément le plus remarquable du projet réside incontestablement dans les assemblages par tenons et mortaises entre les nappes de bois. Ce système est d’abord une prouesse géométrique et statique rendue possible par le développement d’outils paramétriques et par l’industrialisation poussée de la découpe et de l’assemblage des portiques. En permettant l’absence de connecteur métallique, il assure un démontage et un recyclage crédible du bâtiment. De plus, il produit un nouvel élément expressif dont l’émergence sur les faces intérieures évoque avec élégance les surpiqûres d’un textile. Produisant surfaces et assemblages avec le même matériau, le bâtiment atteint, avec une remarquable économie de moyens, un idéal monolithique jusqu’ici réservé au béton.