Edito

Lisa De Visscher – Rédactrice-en-chef, A+

« You know, they straightened out the Mississippi River in places, to make room for houses and livable acreage. Occasionally the river floods this places. “Floods” is the word they use, but in fact it is not flooding: it is remembering. Remembering where it used to be. All water has a perfect memory and is forever trying to get back to where it was. » Extraites d’une conférence donnée voici plus de trente ans à New York par l’auteure et lauréate du prix Nobel Toni Morrison, ces quelques phrases sont aujourd’hui plus actuelles que jamais : l’eau coule là où, en fonction de la topographie et du climat, c’est le plus adéquat. Endiguer, drainer, détourner ou redresser… à terme, le cours d’eau naturel finit souvent par reprendre le dessus.

À la 18e Biennale d’architecture de Venise qui a débuté le mois dernier, la commissaire Lesley Lokko présente le « Laboratoire du futur », avec des projets principalement imaginés par des architectes d’origine africaine. Le changement climatique, et par extension notre gestion de l’eau, est l’un des thèmes les plus débattus, où l’architecture, l’urbanisme et l’aménagement du paysage constituent la clé de solutions durables. Plusieurs pavillons nationaux ont abordé la gestion de l’eau, notamment les Pays-Bas avec Plumbing the System et le Danemark avec Coastal Imaginaries, tandis que la Finlande et l’Allemagne ont installé des toilettes sèches en guise de message politique. Si c’est un euphémisme de déclarer que l’eau est omniprésente à Venise, les graves inondations dans le nord de l’Italie au mois de mai et l’incontournable présence du MOSE, le système anti-inondations jaune vif destiné à protéger la Cité des Doges de l’eau de mer, nous rappellent une fois de plus les urgences actuelles.

En Belgique, le souvenir des inondations désastreuses en province de Liège en 2021 est toujours très présent dans les esprits, et les plaies ne sont pas encore tout à fait cicatrisées. Parallèlement à cela, nous sommes confrontés à un problème persistant de sécheresse auquel les précipitations du printemps dernier, bien qu’abondantes, n’ont pas suffi à remédier. L’époque où le principal souci des Belges était d’évacuer le plus rapidement possible les grandes quantités de pluie est désormais très loin derrière nous. Force est de constater que sécheresse et inondations vont de pair.

« Pour résoudre le problème de la sécheresse, écrit Julie Mabilde de Labo Ruimte, il faut opérer un virement de bord radical et remplacer l’évacuation rapide de l’eau par un système d’infiltration, de rétention et de ralentissement de l’eau sur place. Par ailleurs, pour lutter contre les inondations, la stratégie consistant à stocker l’eau beaucoup plus en amont afin de décharger les vallées en cas de fortes précipitations est également très efficace. C’est une question d’ordre spatial, qui nécessite un aménagement totalement différent de notre espace et de nos paysages – et qui est donc une mission de conception. » Une mission de conception à grande échelle. Les cours d’eau couvrent de vastes régions et traversent les frontières administratives et politiques. Aujourd’hui, cette politique est très fragmentée. En Flandre, en termes de compétences, il y a le Vlaamse Waterweg pour l’ensemble des voies navigables, la Vlaamse Milieumaatschappij pour les grands cours d’eau non navigables, les provinces pour les plus petits cours d’eau, et les communes pour les ruisseaux. Vu que tous ces ruisseaux et rivières sont reliés, cela donne lieu à des flux infinis de partenariats complexes à différents niveaux de pouvoir et à un embrouillamini administratif de contrats qui compliquent toute intervention à grande échelle. Après les inondations en province de Liège, on s’est donc à nouveau attelé à développer une approche plus globale, par exemple par le biais d’un maître architecte wallon.

Si nous voulons cesser de négliger la parfaite mémoire de l’eau pour qu’elle puisse retrouver la place dont elle a besoin, nous devons organiser différemment notre manière de la gérer, et suivre la logique de l’eau elle-même. Ce n’est qu’en créant des compagnies des eaux et en adoptant une approche radicalement différente – tant pour l’eau pluviale que pour les nappes phréatiques – que nous serons enfin en mesure de rendre à l’eau le rôle qu’elle a toujours eu, à savoir ne plus la considérer comme une menace, mais comme la condition sine qua non de toute forme de vie.

Theme

Tackling Water at the Source

Les différents épisodes de grande sécheresse suivis par d’importantes inondations nous font prendre conscience que la gestion de l’eau est plus complexe qu’il n’y paraît. L’architecture et l’aménagement du territoire peuvent apporter des réponses à la problématique de l’eau. Car si nous gérons l’eau différemment, une structure vulnérable peut tout simplement devenir un paysage résilient. Les projets de A+302 explorent les opportunités que l’eau peut nous offrir, et comment l’eau peut être utilisée comme un outil de conception pour l’architecture et l’urbanisme.

See all themes

Table of contents

TACKLING WATER AT THE SOURCE

 

ÉDITO
Lisa De Visscher

 

OPINION – La fonction suit le sol

David Verhoestraete

 

Atelier Paysage

Zone humide, Chevetogne

 

Studio Paola Viganò – MSA – Baumans-Deffet

Bassin de la Vesdre

 

IMDC – Maat – Horizon

Vallée de la Dendre

 

Table ronde – « Guardians of water »

Louisa Contipelli, Joeri De Bruyn, Bram Vandemoortel

 

Labo Ruimte : De Droge Delta

Julie Mabilde

 

50 ans d’A+ archive : Optimisme sous la ligne de flottaison

Emmanuel van der Beek

 

Ville d’Anvers – Aquafin – Water-link

Rues-jardins, Anvers Bart Tritsmans

 

Réservoir A – Carbonifère

L’Eau d’heure, Cerfontaine – Charleroi

 

Fallow – 1010au

Woluwe terre d’eau 2050

 

BMA Label : Herbronnen / Re(S)Sources

Robin De Ridder, Henri Lebbe, Nele Maes

 

Gijs Van Vaerenbergh – Atelier Arne Deruyter

Jardin de l’Île, Meise

 

Latitude Platform – Collectif Dallas

Eau de couture, Bruxelles

À LA UNE

 

A+ 50 ans : Tout est architecture

Maarten Delbeke

 

Inventaires #4 2020–2023

Philippe De Clercq

 

Biennale d’architecture de Venise 2023

Lara Molino

 

Z33 : River of Rebirth

Eline Dehullu

 

CONCOURS

 

Parc de la plaine des Manœuvres, Tournai

Jean-Philippe De Visscher

 

PROJETS RÉCENTS

 

L’Escaut – Zampone

Petite Senne, Molenbeek-Saint-Jean

 

MDW

Terre-Neuve, Bruxelles

 

ÉTUDIANT

 

Task force Vesdre

Lisa De Visscher

 

Vallée de la Dendre

Riet Coosemans

 

PORTRAIT

 

Sophia Holst

Eline Dehullu

 

Studio Ruben Castro

Lisa De Visscher

 

Wissel Studio

Eline Dehullu