Inventaire #5 – 2023-2026 constate que l’architecture en Wallonie et à Bruxelles a atteint un niveau de qualité dont on ne pouvait que rêver il y a vingt ans. Selon les cinq membres de la rédaction (Kelly Hendriks, Pavel Kunysz, Gérald Ledent, Virginie Pigeon et Cécile Vandernoot), les architectes réinventent en outre leur métier. Aujourd’hui, l’accent est mis sur le processus, l’usage et le sens plutôt que sur l’objet, la forme et l’esthétique. Bien que les contraintes budgétaires, la hausse des coûts de construction et les exigences techniques croissantes jouent des tours aux concepteurs, de nombreux architectes s’engagent en faveur d’un résultat de qualité, social et écologique. La devise du livre est d’ailleurs « Quand l’architecture s’engage ». Cet engagement exige malheureusement souvent des efforts trop lourds et peu reconnus. La rédaction met donc en garde contre l’épuisement.

Architecture Wallonie-Bruxelles Inventaires #5 2023-2026 - Quand l'architecture s'engage. © ICA - Romy Berger.

Six essais approfondissent les thèmes qui relient la sélection de 37 projets réalisés par 140 concepteurs ou équipes. Ces projets sont de nature très variée : des bâtiments de grande et de petite taille, des aménagements paysagers, mais aussi des recherches et des processus sociaux initiés par des architectes.

Dans S’engarer en architecte : de la commande aux syndicats, Pavel Kunysz plaide en faveur d’une approche plus collective. Celle-ci commence par un cadre politique (supra)local plus solide, mais nécessite également une concertation publique collective. Les architectes peuvent enfin faire plus avec moins en unissant leurs forces, comme le prouve l’extension du campus du CERIA à Anderlecht.

Dans Redéfinir les récits hégémoniques, Stéphanie Dadour met en lumière la manière dont les pratiques collaboratives remettent en question la vision courante de l’architecture et de l’urbanisme en rendant visibles leur signification politique et sociale et en formulant des alternatives. Maria Anita Palumbo poursuit ce thème dans relier, voisiner, cohabiter. Elle affirme que les espaces publics ne sont exceptionnels que s’ils laissent place à la complexité d’un tissu social plutôt que de prôner une fonctionnalité rigide.

Dans Composer avec les défis du logement, Gerald Ledent se concentre sur les défis du logement. Il évoque de nouvelles formes de cohabitation comme solution, mais souligne également l’importance de la revalorisation du patrimoine existant, y compris les bureaux et les usines. Il souligne également qu’une nouvelle approche de la banlieue constitue un immense chantier pour l’avenir.

Architecture Wallonie-Bruxelles Inventaires #5 2023-2026 - Quand l'architecture s'engage. © ICA - Romy Berger.

L’œuvre de Lacaton & Vassal a été précurseur de la tendance à mettre à nu la structure des bâtiments (existants). Giulia Marini explore cette question dans Espaces capables, capacité des espaces. Son exemple est bien sûr le Grand Palais de Charleroi, œuvre d’AgwA/Jan De Vylder & Inge Vinck. Emeline Curien s’inscrit dans cette lignée avec Éthiques, esthétiques, cosmopolitiques. Elle constate que, par le choix de matériaux (recyclés) et de techniques, les concepteurs touchent une corde sensible, mais témoignent également d’une éthique forte.

Le livre, magnifiquement mis en page par Esther Le Roy Studio, comprend également un essai photographique de Karine Dana. Il met en lumière la manière dont les habitants interagissent avec l’architecture dont il est question ici. L’architecture apparaît ainsi, selon elle, comme une cosa vitale plutôt qu’une cosa mentale. L’essai confirme que l’architecture à Bruxelles et en Wallonie a bien plus à offrir que de belles images.

Architecture Wallonie-Bruxelles Inventaires #5 2023-2026 - Quand l'architecture s'engage. © ICA - Romy Berger.

Architecture Wallonie-Bruxelles – Inventaires #5 / Quand l’architecture s’engage est une publication de l’ICA / Fédération Wallonie-Bruxelles – cellule.archi, sous la direction d’Audrey Contesse. 254 p. + reportage photo, ISBN 978-2-930705-55-2.