Avec It’s About Time – The Architecture of Climate Change, Derk Loorbach, Véronique Patteeuw, Léo-Catherine Szacka et Peter Veenstra publient leur étude présentée dans le cadre d’une expo dont elle et ils étaient commissaires lors de la 10e édition de la Biennale internationale d’Architecture de Rotterdam (IABR 2022). Il s’agit d’un ouvrage solidement argumenté, excellemment documenté, mais surtout plein d’espoir en ces temps maussades où le courage politique d’inverser le réchauffement climatique recule face aux enjeux géopolitiques, aux théories du complot hostiles au climat et à la course effrénée à l’armement.

Le temps est le mot-clé de cette publication, loin devant la métaphore du « minuit moins cinq » souvent associée à l’urgence climatique. Ces dernières décennies, la dynamique de croissance illimitée a conduit à une logique d’accélération où les principaux acteurs, poussés par le marché, la politique et l’économie, se précipitent sans cesse vers l’échéance suivante – les prochaines élections, la nouvelle cotation en bourse ou la prochaine assemblée d’actionnaires. Ce raisonnement à court terme contraste fortement avec d’une part l’essence même de l’architecture, où le concepteur est censé construire pour les cent prochaines années, et d’autre part la logique temporelle d’un système écologique qui existe depuis des millénaires. Dans le même temps, l’urgence climatique a pris une ampleur considérable et il est grand temps de passer à l’action. Nous devons donc à la fois ralentir et accélérer. Les auteurs et autrices voient dans le domaine de l’architecture trois stratégies pour cela, baptisées « Ancestor », « Activist » et « Accelerator ». L’« Ancestor » veut être un bon aïeul, adopte une perspective à long terme et cherche des réponses dans les systèmes naturels, les pratiques prémodernes et l’architecture low-tech. Parmi les exemples, citons au niveau urbain la forêt métropolitaine de Madrid ou Ringland à Anvers, ainsi que des projets tels que ceux de BC Architects ou de l’architecte indienne Anupama Kundoo. L’« Activist », quant à lui, a les pieds ancrés dans la contre-culture et souhaite changer, remplacer ou au moins remettre en question les structures de pouvoir actuelles par le biais d’initiatives bottom-up et d’actions stratégiques brèves. En termes d’espace, cela se traduit par des projets tels que ceux de Raumlabor ou de Construct Lab à Berlin, Coloco à Paris ou Park Farm à Bruxelles. Des recherches telles que celles effectuées par Rotor, Forensic Architecture ou Lieven De Cauter font de l’activisme un substrat particulièrement fertile pour des actions futures. Enfin, l’« Accelerator » voit le salut dans la pression du temps, qu’il utilise pour développer de nouveaux systèmes standardisés et modulaires, numériques ou non, afin d’améliorer l’environnement bâti et notre qualité de vie. Cela va de MVRDV NEXT à Ecotron, le laboratoire de NoArchitects effectuant de la recherche climatique en Campine, en passant par l’autoroute A37 bordée de panneaux solaires du Studio Marco Vermeulen.

Les projets mentionnés ne sont pas des illustrations ad hoc, mais s’inscrivent dans le cadre plus large de la politique climatique et de l’activisme entre 1952 et 2022, où Limits to Growth, le rapport du Club de Rome publié en 1972 et analysant les conséquences du capitalisme occidental sur l’habitabilité de notre planète, joue un rôle central. La ligne du temps contenue dans le livre montre les moments-charnières, les occasions manquées, mais aussi le dynamisme, le courage politique et l’esprit civique des 70 dernières années. À une époque où on pourrait oublier qu’il fut un temps où les urgences écologiques étaient une véritable priorité (politique), ce livre, qui est une source d’inspiration et d’espoir pour l’avenir de la cause climatique, montre à l’architecte le rôle qu’il ou elle peut jouer.

Loorbach, D., Patteeuw, V., Szacka, L., & Veenstra, P. (2025). It’s about Time : The Architecture of Climate Change. Nai010 Publishers.