Le cabinet d’architecture Havana est à l’origine d’un projet de cohabitation situé dans la Schilderstraat à Gand. De Schilders est une maison de ville pouvant accueillir huit familles. Chaque famille dispose de son propre logement. Ensemble, elles partagent un jardin, une cuisine commune et des espaces de vie au rez-de-chaussée, ainsi qu’une buanderie et des espaces de rangement au sous-sol. Le tracé d’une élévation arrière incurvée – dicté par la réglementation en matière de construction – a été repris dans la façade avant, une façade qui, par ailleurs, suggère une disposition régulière des logements individuels. Rien n’est pourtant plus éloigné de la réalité. Pour ce programme spécifique de logement collectif, Havana a fait fi des codes tacites de l’architecture et a conçu une grande maison qui incite les résidents à vivre ensemble.
Le bâtiment s’inscrit dans la rangée avec une façade en maçonnerie au rythme serré d’environ 25 mètres sur 10, une trame de piliers et d’architraves sur trois niveaux. Rien ne laisse supposer que derrière cette vaste façade régulière se cache un programme de logements particulièrement disparate – rien, si ce n’est la danse sinueuse de ce que l’on trouve dans la deuxième rangée. Derrière les baies de la façade, le zigzag d’une ligne de façade supplémentaire laisse place à des terrasses triangulaires. Le premier plan semble subir la pression du second plan. On dirait que le modèle de rangée régulière est mis à mal par le caractère indiscipliné de la cohabitation. Cela se voit également à tout ce qui a été entreposé sur les balcons intégrés. Mais bien sûr, c’est l’inverse qui est vrai. Les modèles urbains habituels ont fait leurs preuves dans les formes traditionnelles d’habitat. S’ils sont interprétables et se prêtent à un autre type d’habitation, ce n’est pas sans une certaine résistance. La licence n’est que l’autorisation à laquelle la règle consent ; la liberté est autorisée à s’épanouir sur un fond rigide. Cet accord coercitif que l’architecture approuve habituellement tacitement a simplement été inversé. Ici, la liberté se déploie derrière un visage d’ordre strict. On pourrait dire que cet échange entre arrière-plan et premier plan n’a finalement pas d’importance, que tout revient au même. Mais le fait de mettre à nu une règle tacite implique déjà une contestation de celle-ci, et de plus, ce faisant, son effet se limite au registre formel.