Dans une interview pour Oase en 2011, cinquante ans après la publication de son ouvrage De dragers en de mensen en 1961 (édité en français en 1972 sous le titre Supports – Une alternative au logement de masse), John Habraken réfléchissait sur l’actualité de la distinction entre ce qui supporte un bâtiment et son affectation. Il y argumentait que l’homme crée lui-même son environnement, et que le support doit offrir de la flexibilité pour permettre de modifier l’utilisation et le programme. La dimension de temps introduite par Habraken dans l’architecture est aujourd’hui d’une grande actualité dans la culture de la construction. Une des ambitions clés dans la note du Vlaams Bouwmeester Erik Wieërs est la réutilisation de structures existantes et la construction de bâtiments parés pour le futur, conçus à partir d’une structure et non d’un programme.
Voici quelques années, à l’occasion d’un concours pour le quartier Cadix à Anvers, le bureau Bulk Architecten a été confronté à une demande visant à concevoir un bâtiment qui soit un support flexible. S’il n’a pas remporté ce concours, le bureau, prenant conscience que le grand secteur de la construction n’est pas (encore) prêt pour cette approche, a été piqué à vif dans sa curiosité et a voulu en savoir plus sur l’histoire et les perspectives d’avenir des bâtiments durables, ouverts. Le label BWMSTR du Vlaams Bouwmeester a été le déclencheur du projet « Construct, ruimte voor verandering » (Construct, place au changement). Cette étude est un plaidoyer pour la réutilisation et la création de bâtiments résistant à l’épreuve du temps, qui embrassent la démesure et offrent une flexibilité d’utilisation. Les structures apportent une réponse possible à la thématique de la durabilité de plus en plus présente dans les réglementations, les rapports et les normes, qui créent un cadre limitant dans la transition vers des bâtiments tournés vers l’avenir.