Nous sommes aujourd’hui confrontés à d’énormes défis écologiques et économiques à l’échelle mondiale. Le changement climatique et la croissance exponentielle de la population exercent une pression considérable sur la société. La demande pour d’autres modes d’habitation, de travail et de vie ne cesse de croître, et l’appel au changement se fait de plus en plus pressant. La pratique architecturale et de la construction a évolué au rythme de cette demande de changement. Mais le tournant nécessaire s’opère trop lentement. Nous avons besoin d’une pratique architecturale qui aille plus loin, qui utilise la conception spatiale comme levier pour accélérer les transitions sociales. En bref, nous avons besoin d’une pratique architecturale qui soit un moteur du changement plutôt qu’une simple adaptation à celui-ci.

Une hirondelle ne fait pas le printemps. Une rue piétonne ne suffit pas à réduire les embouteillages ou le nombre de décès. Une rénovation à faible consommation d’énergie ne rend pas la transition énergétique abordable. Une ferme agroécologique ne rend pas notre alimentation plus saine et plus durable. Un seul projet de quartier solidaire ne conduit pas à un système de soins plus inclusif. Un seul centre d’apprentissage et de fabrication permettant aux nouveaux arrivants d’accéder au marché du travail ne résout pas le problème du chômage. De merveilleuses initiatives voient le jour sur chacun de ces fronts, mais beaucoup d’entre elles apparaissent comme des exceptions plutôt que comme la règle. Les grands objectifs sociaux – en matière de nature et de climat, de solidarité et d’accessibilité financière, de durabilité et de résilience économique – semblent encore très lointains. Les décideurs politiques qui formulent des objectifs à long terme omettent souvent d’expliquer ce que nous devons exactement faire différemment aujourd’hui. Il manque un maillon : un fossé énorme entre là où nous en sommes actuellement et là où nous voulons être. Et nous nous demandons tous comment diable nous allons y parvenir ensemble.