La frontière entre la Biennale d’architecture et la Biennale d’art de Venise s’est récemment estompée. Cette année encore. In Minor Keys, d’après une idée de la conservatrice Koyo Kouoh, disparue trop tôt, considère l’art comme un antidote à la violence dans le monde. L’atmosphère domestique y est ainsi souvent explicitement mise en avant comme un lieu de paix et de bienveillance.

Beverly Buchanan © Andrea Avezzù

L’artiste Beverly Buchanan (1940-2017) est une figure centrale de l’exposition principale de la biennale. Son œuvre est l’expression des images, des récits et de l’architecture de son enfance afro-américaine. On peut y voir une vaste sélection de ses dessins et maquettes, ainsi que de nombreuses photos de ses installations. Celles-ci documentent souvent les shacks que les Afro-Américains construisaient faute de crédit immobilier. Ses pierres tombales et ses installations de land art dédiées aux personnes oubliées sont également fascinantes. L’artiste belge Philip Aguirre y Otegui aborde lui aussi, dans l’exposition principale, ces thèmes anthropologiques et spatiaux à travers des images fortes.

Philip Aguirre y Otegui © Marco Zorzanello

Plusieurs pavillons nationaux abordent également le thème du logement. Ruin, l’installation du pavillon allemand, est stupéfiante. Elle évoque l’effondrement de la RDA en 1990 et les cicatrices qu’il a laissées. La vietnamienne-allemande Sung Tieu a transformé le pavillon à l’aide de panneaux de mosaïque en une réplique d’un Plattenbau. Elle rappelle ainsi les conditions de vie misérables des travailleurs étrangers, comme ses parents. Dans d’autres œuvres, elle analyse le racisme sous-jacent. L’installation de Henrike Naumann (1984-2026), récemment décédée, est par ailleurs une étude impressionnante des liens entre le design allemand, les gravures sur bois traditionnelles représentant des salons et la culture visuelle politique, autour d’un rideau de fer déchiré.

Ruin, pavillon allemand © Jens Ziehe - Berlin
Henrike Naumann, pavillon allemand © Jens Ziehe - Berlin

La République démocratique du Congo est présente pour la première fois cette année à la Biennale. L’installation à la Scuola Grande di San Marco est d’emblée un coup de maître. Le collectif MOKO, dirigé par la philosophe Nadia Yala Kisukidi, a réuni neuf artistes sous la devise Saisis le Feu ! Cela fait référence à la conception congolaise du feu, du soleil et de la forge comme lieux de création, de destruction et de renaissance, et donc aussi à la nature du processus artistique. L’artiste le plus connu est Sammy Baloji, mais ce sont surtout les photos bouleversantes de l’activité minière d’Arlette Basjizi et les toiles surréalistes réalisées à partir de fumée et de suie de Géraldine Tobe qui m’ont marquée. La scénographie de l’architecte Johnny Leya pour Traumnovelle est une œuvre à part entière. À l’aide de structures tubulaires, de tôles ondulées et de rideaux argentés, il a créé une cour intérieure ou une forge qui illustre parfaitement la conception du pavillon.

De nombreux pavillons se livrent à une forme de deuil des environnements disparus. Le collectif slovène Nonument documente ainsi les traces de la violence dans la région. La réplique en dentelle d’une maison disparue, réalisée par Sumakshi Singh, évoque de manière déchirante, dans le pavillon indien, comment une culture s’évanouit à mesure que les maisons disparaissent.

Saisis le Feu !, pavillon du Congo © Antoine Assumani

L’intervention architecturale la plus audacieuse est toutefois celle de l’artiste Dries Verhoeven sur le pavillon néerlandais de Gerrit Rietveld. À l’aide de rayonnages en acier et de volets roulants, il l’a transformé en une forteresse fermée et plongée dans l’obscurité totale, symbole de la xénophobie de la « forteresse Europe ».

Sumakshi Singh, pavillon indien © Jacopo Salvi

 

When until 22 November 2026

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