Des lettres en acier fin disposées en haut d’un mur annoncent une destination de rêve à ceux qui pénètrent ici : Mexico. Au cœur d’un Molenbeek extrêmement encombré, cette allusion, qui ne manque pas de poésie, apaise l’imagination. Mais l’immeuble de logements sociaux conçu par VERS.A tient-il vraiment sa promesse d’emporter les visiteurs loin d’ici ? Oui et non.

Le bâtiment offre effectivement un dépaysement, grâce précisément au paysage créé. Avec beaucoup de finesse, les architectes, aidés par les paysagistes de Landinzicht, ont transformé un ancien terrain vague en un véritable tableau dont la profondeur de champ a été maîtrisée à la perfection. À l’instar d’un stéréoscope – cet appareil ancien qui permettait de donner de la profondeur aux photographies –, la nouvelle façade agit comme un cadre qui capte le regard du visiteur. Ce qui est habituellement lisse – la façade donnant sur la rue – devient ici creux, et le regard peut embrasser la belle complexité de ce qui fait de Bruxelles ce qu’elle est : l’intérieur de ses îlots urbains, qui constituent un monde à part. Cet effet de profondeur et de relief repose sur un choix urbanistique audacieux : ne pas combler entièrement la façade bâtie qui avait été laissée libre, contrairement à ce qui était suggéré dans le contrat relatif au quartier Léopold II. La volonté de préserver certains arbres majestueux, apparus spontanément à cet endroit, a incité vers.a à regrouper un petit ensemble d’appartements contre l’un des deux murs mitoyens, libérant ainsi de l’espace pour un parc. La limite entre le parc et la rue est clairement marquée, mais reste poreuse : le mur du parc public, conçu comme une succession de grands cadres ouverts, permet cet effet « stéréoscopique », rehaussé la nuit par un système d’éclairage qui met en valeur ce petit monde intérieur.