« L’architecture sera la dernière profession libérée par les femmes tellement ses enjeux sont grands ». Ada Huxtable, 1967

Cette citation ouvre le film Out of The Picture, documentaire belge de 90 minutes sorti ce 25 septembre 2025. Ce film réalisé par An. Ash Smolar et produit par Thank You & Good Night Productions propose de revenir sur le sexisme à l’œuvre dans les milieux de l’architecture, hier et aujourd’hui. S’il est vrai que la question du genre a désormais sa place sur les bancs des écoles d’architecture et dans les conversations des architectes, ce documentaire ne manque pas de souligner combien la lutte féministe a de l’avenir en la matière.
Si vous vous êtes déjà penché·e sur la question, vous connaissez par exemple les noms d’Odile Decq, Ray Eames, ou encore Elisabeth Diller. Mais qui connaît les histoires et les œuvres toutes aussi diverses et passionnantes de Patty Hopkins, Nathalie De Blois, Olivia Chaumont ou encore Emily Warren Roebling ? Tous ces « fantômes », dans les mots de Beatriz Colomina, peuplent la discipline, voire la constituent. Ce documentaire propose de revenir sur l’histoire de nombreux fantômes et, ce faisant, d’étendre notre compréhension du sexisme en architecture en même temps que notre culture architecturale ! Alors n’hésitez pas.

L’approche d’An. Ash Smolar se veut historique et tente de retracer la lutte féministe à l’œuvre depuis Denise Scott Brown et son indétrônable article Room at the Top? Sexism and the Star System in Architecture. Le film procède d’anecdotes : chaque femme architecte rencontrée a sa propre histoire et révèle à sa manière le fonctionnement du sexisme. On survole ainsi une vingtaine de praticiennes majeures. Leurs histoires parlent de la disparition des noms féminins et du manque d’archives quant à ces noms. On parle aussi d’inégalités salariales toujours actuelles et de plafond de verre pour les praticiennes, de plus en plus présent quand l’âge avance ou quand il s’agit d’être auteure. On aborde également la répartition des programmes architecturaux et la prévalence des architectures dites « mineures » comme les logements ou les architectures du Care dans les portfolios des femmes architectes. On y souligne l’importance des Boys Clubs et des réseaux sociaux masculins, et comment ces entre-soi excluent. Enfin, et surtout, on rappelle l’aspect éminemment collaboratif de l’architecture, ses emprunts permanents, mais aussi le lien entre Star System et sexisme.

Formellement, le film se construit autour de plans fixes : les agences, le salon de Denise Scott Brown, les chantiers, les archives, la place Marie Jason, la maison d’Eileen Gray à Cap Martin ou encore la High Line sont le théâtre d’inserts de figures de femmes architectes. Historiennes, architectes, designeuses s’y juxtaposent pour expliciter les ressorts du sexisme. Leur image disparaît parfois, réapparaît sur une autre image ; elles sont, comme Denise Scott Brown le raconte dans une anecdote qu’elle a vécue, retirées de l’image : « Out of the Picture ».

Le film sera programmé au cinéma Palace les week-ends du mois d’octobre. Il fera aussi partie de la sélection du BAFF le 15/11/25 à 15 h 30 à la Cinematek et sera diffusé à Mons le 13/11/25 en collaboration avec l’ICA. Alors allez le voir, allez le voir ensemble, avec vos collègues, vos client·es, vos étudiant·es ou encore avec vos artisan·es et ne manquez pas l’occasion d’être sur la photo !