« Qui a peur de l’architecture?» Avec ce titre éloquent, l’Institut supérieur d’architecture La Cambre publiait en2004 le livre blanc de l’architecture, posant les bases d’un débat public autour de la qualité architecturale en Communauté française de Belgique. Il était bien temps. Côté flamand, le Vlaams Bouwmeester avait été nommé en1999 et le VAI (Vlaams Architectuurinstituut) avait ouvert ses portes en 2002. Côté Communauté française, «les institutions politiques (…) se distingu(ai)ent par la faiblesse, pour ne pas dire l’absence de politique de promotion de l’architecture de qualité». Et pourtant, le Centre international pour la ville, l’architecture et le paysage (CIVA) fondé en1999 et regroupant les activités de plusieurs asbl dont les Archives d’architecture moderne (AAM) avait un énorme potentiel. Rien n’était d’ailleurs plus surprenant que la manière, début 2015, de faire disparaître le CIVA. Les surprises s’enchaînent, quand la Cellule architecture relaie en 2019 auprès des architectes l’appel lancé par le ministère de la Culture d’un nouveau centre d’architecture de la Fédération Wallonie-Bruxelles. Quel intérêt de fermer un institut dédié à la culture architecturale en Communauté française pour en ouvrir un autre quelques années plus tard?
Quatre équipes ont répondu à l’appel. Des propositions introduites, celle d’Audrey Contesse, architecte, historienne et critique d’architecture, a été retenue. Le projet ICA/WB de Contesse s’inscrit habilement dans la mission demandée : l’institut n’aura pas un lieu, mais des lieux, et se situera proche des territoires et des publics. Financé par la Fédération Wallonie-Bruxelles pour trois ans, l’ICA/WB fédérera quatre centres culturels dont les démarches incluaient déjà des approches architecturales: le Centre culturel de Namur-Théâtre de Namur, l’Eden-Centre culturel de Charleroi, le Centre culturel de l’arrondissement de Huy et Recyclart à Bruxelles. La stratégie de Contesse est de bénéficier des infrastructures existantes, d’appuyer une programmation basée sur un diagnostic d’un territoire partagé et de rapprocher la question de l’architecture des citoyens. En évitant de s’ancrer dans l’une ou l’autre ville, Audrey Contesse échappera à toute pression régionale. De plus, en se positionnant majoritairement en Région wallonne, Contesse pourrait réussir un deuxième pari: explorer la production locale en Fédération Wallonie-Bruxelles au plus près de ses lieux d’émergence. En effet, à la lumière du travail de l’historien Martin Steinmann sur l’architecture suisse, Contesse souhaite dresser un portrait de l’architecture belge francophone. Des modules de recherches proposeront un rythme de monstrations tous les six mois comprenant des formats d’exposition, des séminaires et des laboratoires présentés dans les lieux partenaires.