« Ce qui nous intrigue dans le travail de Rietveld, c’est que tout en concevant ses projets, il se demandait comment faire de l’habitat une fête quotidienne. Pour cela, il cherchait d’abord et avant tout à établir des relations passionnantes entre le bâtiment et le monde extérieur, en exploitant notamment les conditions topographiques et en invitant le paysage à l’intérieur ou en le tenant à distance. Bien qu’il n’ait jamais fui l’expérimentation, il a imaginé des maisons très accueillantes, conçues sur mesure pour le client. Probablement en raison de son passé de fabricant de meubles, Rietveld maîtrisait l’art de rendre les petits moments uniques, sans aucune prétention. Le hall d’entrée sur la photo est davantage qu’un séparateur spatial fonctionnel ; il établit des relations physiques (visuelles) particulières avec les espaces qui l’entourent. Mais, en raison de l’utilisation subtile d’un demi-niveau et de murs avec inserts en verre structuré qui apportent la lumière profondément dans la maison, tout n’est pas révélé d’un coup. Le surdimensionnement du couloir permet aux enfants de l’utiliser comme salle de jeux.

L’ambition de Rietveld de créer un habitat festif en reliant paysage, architecture et conception de meubles est particulièrement inspirante pour notre propre pratique. Face à la compacité souvent incontournable que nous impose généralement le contexte urbain, nous devons nous exercer à rechercher des moments généreux à travers de petits gestes. Dans nos projets, nous avons l’ambition d’organiser le programme dans un système spatial de vues horizontales et verticales qui visent à créer un équilibre entre rapprochement et maintien à distance. Cela vaut aussi pour notre propre bureau, résultat de la rénovation en profondeur d’une banale maison mitoyenne qui avait peu de qualités spatiales, mais aussi pour la nouvelle école Het Hinkelpad que nous allons bientôt construire à Berchem. »