L’année dernière a été inaugurée à Lampernisse la première église à urnes de Flandre, un projet de reconversion des architectes Dhooge et Meganck. L’idée de transformer une église – qui pour certains n’en est désormais plus une – en un lieu de contemplation ouvert tous les jours à tout le monde existait déjà depuis plus de dix ans. Ce projet est un manifeste, ne fût-ce que parce qu’il ambitionne de changer fondamentalement le sens d’un bâtiment qui, par sa typologie et son utilisation au fil des siècles, reste lié à sa religion, pour en faire une construction matérielle et spatiale dédiée à la mort. C’est également une reconnaissance de la mort en tant que phénomène émotionnel, et de la dépouille mortelle en tant qu’expérience esthétique et matérielle.
Dans le paysage résolument plat de la Flandre, les tours qui émergent de l’horizon, éloignées l’une de l’autre d’une heure de marche, sont des repères rassurants. Cette expérience où le temps et le mouvement convergent avec une spatialité qui associe organiquement l’incommensurable échelle paysagère à des lieux de proximité humaine fait partie intégrante de l’approche du silencieux village de Lampernisse. Entourée d’un cimetière et de tilleuls têtards, l’ancienne église de la Sainte-Crucifixion est ceinte d’un muret. Dotée d’une imposante tour ouest à contreforts et d’une croisée de transept entre la nef pseudobasilicale de style gothique ancien et l’église-halle à trois nefs, elle remonte au 13e siècle. Bien que l’édifice ait été quasi détruit pendant la Première Guerre mondiale avant d’être reconstruit par l’architecte Jozef Viérin, ce volume aux épais murs en brique jaune est empreint d’histoire. À l’extérieur, la nouvelle fonction n’est visible qu’aux délicates interventions au niveau des fenêtres en ogive. Le meneau central est interrompu et repris par une nouvelle ogive en acier, créant de la place pour de profonds encadrements en bois, avec des portes et des fenêtres mettant l’église en lien avec le jardin.