Lors de son inauguration en 2022, le Steen d’Anvers rénové par NoAarchitecten en centre pour visiteurs et terminal de croisières a soulevé une grande controverse. Entre-temps, les choses se sont apaisées. Petit à petit, il s’est avéré que ce projet offrait une vision inspirante et interpellante sur notre approche des monuments.

Le Steen a été construit au 8e siècle pour servir de porte fortifiée dans le mur d’enceinte de la ville d’Anvers. Il a ensuite été transformé et agrandi à de nombreuses reprises pour devenir notamment une prison, une scierie et un casernement. Ce n’est qu’au 19e siècle qu’on s’est reconnecté au sens historique du bâtiment. Vers 1860, la Ville le restaure pour lui donner l’aspect d’une place forte telle qu’on imaginait qu’elle était jadis. Un musée s’y installe. Peu de temps après, en 1877, les quais de l’Escaut sont rectifiés. Le Steen se retrouve alors isolé, et fait obstacle au niveau des terrasses piétonnes censées rétablir la connexion entre la ville et le fleuve. En 1883, l’architecte Ferdinand Truyman imagine une solution élégante pour relier les terrasses nord et sud. Depuis l’ancienne porte d’entrée, il fait aménager un plan incliné avec un large tournant passant sous la nouvelle aile pour rejoindre la terrasse nord. Quelques centaines de mètres en amont du fleuve, la terrasse sud se voit elle aussi doter d’une pente similaire. La place du Steen vient alors se loger entre les deux plans inclinés. Ferdinand Truyman, au-delà de sauver le monument, en a également fait une attraction touristique. Malheureusement, en 1950, son projet doit en partie céder la place à un musée de la Marine relativement austère. Cet épisode sonne le glas de l’unité du complexe.