La maquette est généralement louée pour sa grande proximité avec le réel qui en fait un outil privilégié autant pour concevoir l’architecture que pour la communiquer. De récentes expérimentations et réalisations architecturales l’utilisent cependant pour une autre de ses capacités : maintenir l’architecture dans le domaine de la représentation et du projet.

Il y a quelques années, alors que nous étions encore étudiantes en bachelier d’architecture, un homme fuyant le froid de ce début de décembre s’était faufilé dans nos locaux pour venir observer notre groupe qui s’affairait autour d’une table d’atelier. Tour à tour, nous déplacions de petits cubes en mousse bleue sur une grande maquette du quartier du Canal, débattant de l’emplacement d’hypothétiques logements au programme d’un exercice d’urbanisme. Soudain, le badaud, qui s’était mis en tête de participer à notre petit jeu, prit la liberté de faire de même. Voyant que nous ne lui prêtions pas attention, récupérant sans mot dire les volumes déplacés selon son gré, celui-ci finit par s’en offusquer et partit en sifflant: «Alors comme ça, n’importe qui peut faire n’importe quoi avec la ville?!»