En 2005, il a été décidé d’investir 30 millions d’euros dans la rénovation de la Boekentoren de Gand, créée par Henry van de Velde dans les années 1930. Au-delà de la restauration de l’enveloppe de béton, le « chantier le plus bruyant de la ville » comprend aussi une actualisation, des adaptations et une expansion de la bibliothèque. Robbrecht en Daem et leur équipe ont développé des innovations conceptuelles qui soutiennent la réalisation concrète du chantier. Le résultat valait l’attente.

Pour qu’un bâtiment émerge de la chrysalide constituée par son site de construction, certaines inversions doivent avoir lieu par nécessité. Car la logique du site n’est pas celle du bâtiment. La rue à l’avant devient un quai où un flot de matériaux est déchargé et transbahuté. Un vide invite à la colonisation par une grue qui aurait spontanément poussé là. Il faut saucissonner le sublime, l’urbain, le collectif pour les ramener à l’échelle du corps humain : de vastes halls se remplissent d’échafaudages, tandis que les extérieurs prennent d’abord l’aspect d’intérieurs de galeries. Ces constructions et opérations temporaires et auxiliaires sont une architecture parallèle que l’architecte n’est pas en mesure de maîtriser – qu’on le pardonne : c’est contractuel. Depuis que les maçons du Moyen Âge se sont divisés en tribus distinctes, il incombe à l’architecte de vouloir la finalité tout en délaissant les modalités aux ingénieurs et entrepreneurs.