Dans les années 1950, 60, 70, Bruxelles était en proie à une fièvre de constructions qui a réécrit complètement le visage de la ville. Des quartiers entiers ont été détruits pour faire place à de nouvelles routes, de nouveaux bureaux et logements. Il n’existait aucun plan d’urbanisme cohérent et face aux pouvoirs publics totalement absents dans ce domaine les investisseurs privés avaient les mains libres. La protestation du monde architectual se fit entendre. Suite à l’exposition Save / Change the City A+ publie des extraits de “L’unique chemin de l’architecture”. Ce manifeste flamboyant de Maurice Culot et Léon Krier a été publié pour la première fois dans le magazine AAM en 1978 et décrit clairement le discours architectural de l’époque. Un discours pour la préservation de la ville qui, bien que différent aujourd’hui, reste pertinent.
Notre propos vis-à-vis de la tradition urbaine européenne est de reprendre le discours sur la ville, là où il fut brutalement interrompu par la civilisation industrielle. De le poursuivre, ce discours, pour élaborer le projet de référence dans lequel les luttes urbaines – et les objectifs de démocratisation des processus de décision qu’elles sous-tendent – se reconnaîtront et trouveront une cohérence théorique fortifiante, indispensable. Les luttes quotidiennes que mènent les habitants des villes européennes menacées par l’urbanisme moderne les ont amenés à se constituer en comités d’habitants qui, dans le meilleur des cas, se sont eux-mêmes fédérés afin d’opposer un front uni à la fatalité du capitalisme. À Bruxelles, par exemple, les seuls qui aient vraiment développé un projet global alternatif à la voracité industrielle, ce sont les habitants eux-mêmes et non les administrations, qu’elles soient ou non socialistes. Mais nous ne sommes pas dupes, les associations d’habitants ne sont pas a priori des groupes progressistes. Situer les luttes urbaines dans le cadre de la lutte des classes demande des efforts internes énormes, et des circonstances locales encourageantes ne peuvent nous faire oublier qu’il est nécessaire d’en référer à l’utopie sociale, puisque c’est à elle qu’il revient de précipiter un front d’opposition cohérent au processus de fragmentation issu de la division sociale du travail. Processus que l’ordre capitaliste oppose avec succès au changement et utilise comme dissolvant du fait de la lutte des classes.