La 17e exposition internationale d’architecture de Venise réunit cette année le monde de l’architecture sous la bannière « How will we live together? ». En ces temps de pandémie, de crise climatique et de transition, dans leur pavillon des Giardini, de nombreux pays vont indubitablement miser sur les processus, les flux ou les diagrammes, et reléguer l’architecture à un énième rôle secondaire. C’est ce que veut résolument éviter le pavillon belge. Au risque d’être perçu comme étant en décalage complet, en période de shifting positions – c’est-à-dire de changement de paradigme – il tient un éloquent plaidoyer en faveur de l’architecture.

En 1980 fut inaugurée la toute première exposition internationale d’architecture de Venise, avec à l’Arsenal la désormais célèbre Strada Novissima, rue imaginaire constituée de vingt façades conçues par autant de bureaux d’architectes. Les façades célébraient à l’époque « La Presenza del Passato », mettant à l’honneur un intérêt postmoderne pour les colonnes et frontons classiques, embrassant les ornements figuratifs et jouant joyeusement la carte de la couleur et de l’ironie. Vingt ans plus tard, le pavillon belge fait un clin d’œil à cette Strada Novissima. En collaboration avec le Vlaams Architectuurinstituut, Bovenbouw architectuur y a réalisé Composite Presence. Le visiteur ne parcourt plus une rue imaginaire, mais un paysage urbanisé constitué de 50 maquettes créées par 45 bureaux. Réalisées à l’échelle 7/100e, ces maquettes affichent une certaine démesure. On n’y surplombe pas un paysage de toitures, mais on peut en revanche littéralement regarder à l’intérieur des multiples habitations, bâtiments administratifs, centres culturels, bureaux, archives et infrastructures sportives qui, tel un gigantesque puzzle en trois dimensions, ont été rassemblés dans le pavillon belge. L’échelle de certains projets a été modifiée, d’autres ont été inversés en miroir ou tronqués pour s’insérer dans le nouveau paysage et y définir les contours des rues, places et espaces ouverts. Le bureau de police de De Smet Vermeulen se trouve par exemple à côté de l’immeuble de bureaux et d’habitation Bailleul de Marie-José Van Hee, et la bibliothèque d’Office Kersten Geers David Van Severen entre en dialogue avec une maison de rangée du 19e siècle transformée par UEA. La plasticité des maquettes confère à l’exposition une dimension sensorielle. Revêtements de façade, menuiseries et intérieurs ont été réalisés en multiplex lasuré ou en MDF peint, avec çà et là une finition au crayon, au papier abrasif ou à la fraiseuse. Ils rendent tangibles les nombreuses variations de l’architecture belge et repoussent subtilement les tentatives internationales de confiner l’architecture de notre pays dans une seule case.