À l’heure où la logique de consommation envahit tous les domaines, des voix s’élèvent. Parmi elles, celle de Gilles Perraudin dénonce un « massacre architectural » : l’habitat est devenu un banal produit de consommation. Mais, comme tout produit de consommation, ne peut-on remettre en cause ses processus de fabrication ? C’est la conviction de l’architecte. Plus, c’est le cœur de son action. A+ et BOZAR l’invitent pour une conférence à Bruxelles le 6 février 2018.
Fasciné par l’architecture vernaculaire, Gilles Perraudin développe sa pratique hors des sentiers battus, à travers une approche qu’il qualifie d’indépendante et d’expérimentale. Son credo : construire une architecture située, dans un monde toujours plus éloigné de ses racines. Le court-circuitage des réseaux officiels ne constitue pas pour autant un objectif en soi : « Pas de vision idéologique chez moi mais un grand pragmatisme. » Un pragmatisme qui le conduit à faire une distinction claire entre approvisionnement local et économie d’énergie. L’usage de matériaux disponibles sur place ne signifie pas nécessairement le respect de l’environnement, et inversement. Gilles Perraudin l’apprend à ses dépens lorsqu’il fait transiter une pierre entre Basse et Haute-Corse pour un bilan carbone plus lourd que celui d’un transport depuis le continent. La différence se joue, certes, dans la distance, mais aussi et surtout dans l’empreinte du matériau lui-même et de ses modes d’acheminement. D’où le penchant de l’architecte pour des matériaux naturels, dont le bilan très faible s’explique par l’absence de transformation. Ces matériaux imprègnent sa production de manière exponentielle depuis 1998, année d’inauguration du chai de Vauvert, où le recours à la pierre massive s’impose comme une évidence.