On semble assister aujourd’hui à une déferlante de constructions et de rénovations de musées et théâtres, ces vitrines de ce que nous considérons comme l’« infrastructure culturelle », qui englobe également les bibliothèques et salles de concert. Impossible de compter le nombre de projets en cours. Après le gigantesque investissement dans la restauration du KMSKA (Kaan Architecten), le « saut infrastructurel » promis pour le MuHKA à Anvers va enfin se concrétiser. Le « dédoublement » du SMAK (51N4E et NU architectuuratelier) et une nouvelle aile du musée du Design (Atama) à Gand sont également sur le point d’être réalisés. Des théâtres flambant neufs à Louvain-la-Neuve (Ouest) et à Leuven (Sergison Bates Architects) sont en chantier. À Tournai également, le musée des Beaux-Arts (XDGA et Barbara Van der Wee) et la Maison de la culture (A Practice) font l’objet de rénovations en profondeur. Récemment, le nouveau musée de la Bière (Robbrecht en Daem) s’est ouvert dans l’ancien bâtiment de la Bourse de Bruxelles, tandis que tout le monde est impatient de voir à quoi ressemblera le prestigieux Kanal Pompidou (noA – Sergison Bates – EM2N) en 2025. Le secteur culturel n’est donc pas en manque de construction. Cette pulsion d’investissements semble aller de pair avec une quête de ce que pourrait être le rôle d’un bâtiment culturel dans la société d’aujourd’hui.
La question du sens et de la fonction d’un musée – et par extension de toute infrastructure culturelle – n’est pas une nouveauté. Au 20e siècle, l’art et la culture ont traversé une crise identitaire, comme les lieux qui leur étaient affectés. « Je crains que le jour ne soit plus très loin où on verra les spectateurs débouler dans les salles, coiffés de casquettes et agitant des petits fanions, pour entonner à tue-tête l’hymne de leur club devant leur tableau favori. » C’est en ces termes qu’en 1987, le Néerlandais Rudi Fuchs, historien de l’art et à l’époque directeur du Stedelijk Museum d’Amsterdam, se plaignait du fait que les musées – a priori des lieux purement dédiés à la présentation et la contemplation – risquaient de se muer en « centres d’expérience » à l’accès optimisé pour un public le plus large et le plus international possible. Difficile de faire encore la distinction par rapport à d’autres formes de loisirs. Les restrictions budgétaires qui frappent l’art et la culture contraignent encore et toujours les musées et théâtres à se concentrer sur des hausses de fréquentation en ayant recours à des « block-busters » pour les expositions et spectacles. Les parcours interactifs et les missions exploratoires participatives sont entre-temps devenus des incontournables de la manière de proposer et consommer la culture.