La recherche d’espaces flexibles semble une demande courante pour les écoles de nos jours. Combiner des classes entre elles, créer des espaces interstitiels, prévoir des cloisons mobiles, ouvrir ou fermer, s’isoler ou se mettre en lien. L’école de demain se doit d’être adaptable aux incertitudes et changements à venir. Pourtant, derrière les poncifs, l’architecture scolaire reste constituée de ses invariants, mais continue à vouloir se réinventer. Pour des pédagogies libres, faudrait-il des espaces dociles ?
Avant de se matérialiser dans une architecture scolaire standardisée, les lieux de l’apprentissage et de la pédagogie ont pris des configurations multiples. L’école, skholê en grec, définissait le temps libre consacré à l’étude. Durant l’Antiquité, maître et disciple se transmettent le savoir dans les écoles philosophiques. Au Moyen Âge, l’enseignement scolastique entremêle raison et foi. L’Émile de Rousseau résiste peu à la révolution industrielle qui lui succède au 19e siècle. L’éducation qui apporte des évolutions majeures – gratuité, diminution du travail des mineurs – s’accompagne également de la mise en forme de relations de pouvoir. L’école moderne forme des individus disciplinés se conformant aux rythmes et aux règles de la société industrielle. L’espace scolaire devient ainsi un dispositif de discipline, où l’architecture elle-même enseigne l’obéissance et la régularité : couloirs rectilignes, classes fermées, alignement des pupitres, hiérarchie claire entre maîtres et élèves.