Mi-2023, soit un peu moins de soixante ans après avoir été menacée de démolition, après un statut de monument en deux phases, une rénovation partielle, une brève résurrection, des périodes de vacances réitérées… la Maison Hannon a enfin ouvert ses portes au public en « maison-musée » du mobilier Art nouveau. À l’intérieur des petites pièces du bâtiment, l’architecte Aslı Çiçek a paradoxalement réussi à rendre toute leur grandeur et leur convivialité à la fois aux objets exposés et à l’architecture.

Étymologiquement, un curateur est en charge d’une indispensable intervention visant à « prendre soin » de l’art et à le rendre accessible, voire compréhensible pour le public. Sans exposition, point d’art ! L’architecture, en revanche, existe déjà dans le domaine public en tant qu’élément fonctionnel, tridimensionnel, matériel. Et l’architecture, elle aussi, a besoin qu’on prenne soin d’elle. Non pas pour la guérir d’une absence d’engagement ou d’une ambiguïté, comme dans le cas de l’art, mais plutôt de son évidence, de sa discrétion et du fait qu’elle est perçue « dans l’éparpillement », comme l’écrivait sans détours Walter Benjamin dans son essai intitulé OEuvre d’art.