Si l’architecture traverse les âges, il n’en est rien de ses pratiques qui se redessinent en fonction des époques. La période contemporaine et ses défis invitent les architectes à esquisser de nouveaux savoir-faire en parallèle, mais aussi en contradiction avec les normes du métier. Parmi eux, l’engagement politique semble se distinguer. Cet article propose une enquête à travers les combats urbains d’hier et d’aujourd’hui : comment cette nouvelle génération d’architectes s’engage-t-elle ? Car, en effet, quelle différences et points communs entre une baignade en plein air rendue possible par Pool is Cool, une promenade guidée par l’Architecture qui dégenre ou une campagne d’information sur les réseaux sociaux de Belgian Architects United ?

Pour la chercheuse Isabelle Doucet, l’engagement des architectes bruxelloix·ses est une caractéristique importante du paysage architectural belge. À l’origine, il est lié à la modernisation violente qu’a subie la capitale à partir de la fin des années 1960, engendrant alors des vagues successives de luttes pour défendre le droit de tous·tes à la ville. La bataille des Marolles, les contestations contre la destruction du Quartier nord ou contre la transformation du quartier Léopold en quartier européen en sont parmi les plus marquantes. À l’époque, ces mouvements sont accompagnés et soutenus par la création d’organismes tels que l’Atelier de recherche et d’action urbaines (ARAU, 1969), Inter-Environnement Bruxelles (IEB) et le BRAL (1974) dont l’ambition est d’épauler les luttes portées par des citoyen·nes et de les fédérer pour leur donner plus de force. Ces groupes n’hésitent pas à organiser des conférences de presse, bloquer des chantiers ou participer à des comités de concertation. Des architectes y prennent part afin de mettre leur expertise au service des combats. Bruxelles est donc, historiquement, un territoire où l’on milite pour le droit commun à la ville.