CLARA est une revue scientifique de la Faculté d’architecture de l’Université libre de Bruxelles (ULB), qui paraît une fois par an. Pour le numéro de 2026, intitulé « Éthique du détail », la rédaction a décortiqué le détail architectural et l’a dépouillé de toute son évidence. Elle s’interroge sur sa signification historique et actuelle dans le processus de construction, et s’inscrit ainsi particulièrement bien dans le thème de A+317 Joints and Details. La revue académique conclut qu’une pratique architecturale tournée vers l’avenir exige une nouvelle approche du détail, capable de redéfinir la relation entre concepteur et exécutant, ainsi qu’entre la norme et sa mise en œuvre.
Dans l’introduction, les rédacteurs Tiphaine Abenia – également autrice dans A+317 –, Louis Destombes et Daniel Estévez affirment d’emblée que le détail a gagné en importance dès lors que les ingénieurs se sont immiscés dans le processus de construction à partir du XVIIIe siècle. En prescrivant une exécution, ils ont disqualifié les connaissances conventionnelles que partageaient le concepteur et l’exécutant. La normalisation des éléments de construction a accéléré ce processus. Le concepteur a ainsi acquis une grande autorité. Paradoxalement, le détail est ainsi devenu une marque d’authenticité.
Selon les auteurs, cette conception se heurte aujourd’hui à ses limites en raison de la crise écologique, politique et sociale. Les méthodes de construction actuelles, « productivistes et extractivistes », s’avèrent insoutenables. Une autre éthique de la construction s’impose. Le détail peut alors être un moteur de changement. Ils articulent cette problématique en quatre questions clés. À quoi sert le détail ? Comment conduit-il à une collaboration (collective) et à une nouvelle éthique relationnelle ? Dans quelle mesure le détail fait-il l’objet de concertation et/ou de controverse ? Comment le détail régit-il la gestion de l’indétermination des matériaux et des techniques ? Sept essais apportent un éclairage sur ces questions. Malgré un langage scientifique quelque peu aride, ils livrent des perspectives surprenantes. Nous en signalons ici deux.
Dans Precision in Japanese Woodcraft: Embracing Indeterminacy or Conforming to Digital Exactitude?, Nicolas Rogeau met en lumière les diverses façons dont les artisans et l’industrie du bâtiment au Japon abordent les assemblages en bois. En construction bois, ces assemblages constituent un enjeu majeur en raison de l’indétermination propre au matériau. Les détails traditionnels japonais y apportent une réponse d’une précision remarquable, qui leur confère une forte portée culturelle. Le Japon excelle toutefois également dans la préfabrication industrielle. Celle-ci vise la reproductibilité et exige donc un autre type de précision. Rogeau suggère une troisième voie : les méthodes de conception paramétrées peuvent également soutenir la pratique artisanale. En effet, tout comme la tradition, elles définissent des principes et des règles adaptés aux circonstances concrètes. Elles sont ainsi complémentaires à l’artisanat.
Eireen Schreurs et Sam Stalker, qui ont également coécrit un article dans A+317, analysent dans Tailoring the detail la pratique de l’architecte néerlandais Enzo Valerio, qui non seulement conçoit, mais construit également. Bien que la conception prenne forme dans des maquettes et modèles 3D, il peaufine de nombreux détails sur place avec son équipe. Les auteurs comparent cette approche aux méthodes de construction médiévales : à l’époque, les connaissances se développaient au fur et à mesure de la construction, à partir d’un schéma directeur qui était affiné et amélioré au fur et à mesure.

CLARA 2025/1 n° 11 Éthique du détail, Éditions de la Faculté d’Architecture La Cambre Horta. Digital version €20.