Au cœur du « cluster Paris-Saclay », mini « Silicon Valley » à la française, en chantier depuis une décennie au sud-ouest de Paris, Stéphanie Bru et Alexandre Theriot (Bruther), associés pour l’occasion à Adrien Verschuere (Baukunst), ont livré la résidence universitaire Rosalind Franklin en automne 2020. Logeant les deux parties du programme (192 logements sociaux étudiants dotés d’espaces communs et d’un local commercial; un parking souterrain et aérien de 491 places en partie réversible) dans un même bâtiment, en U autour d’un jardin partagé, le projet frappe par son étrange mélange d’intransigeance esthétique, d’engagement structurel et de générosité spatiale.
Comme les villes nouvelles dans les années 1970–1980, le campus du plateau de Saclay est un territoire d’investissement hyperconcentré dans l’espace et dans le temps. À ce titre, son visage architectural est aussi celui de l’époque. Si les édifices principaux sont dessinés par des stars confirmées – OMA et Gigon Guyer (CentraleSupelec), Renzo Piano (École normale supérieure), Bernard Tschumi (pôle Biologie-Pharmacie-Chimie) ou Grafton Architects (Mines-Télécom) – les autres sont confiés à des bureaux émergents incarnant les tendances post-crise, que la revue Arch+ qualifiait récemment de « néo-réalistes » : le « Lieu de vie », équipement multifonctionnel pour les étudiants, est signé par Studio Muoto, les résidences universitaires par Tank, Data, Lan/Clément Vergély, 51N4E/Bourbouze & Graindorge ou l’AUC. Dans ce contexte, le bâtiment de Bruther et Baukunst est sans doute l’un des plus décisifs, l’un des plus démonstratifs de l’idéal collectif d’un rapport optimal entre « less » et « more », entre économie de moyens et agentivité architecturale.