Dans un numéro traitant de l’intégration de l’art dans l’espace public nous ne pouvions nous limiter à sa définition en surface alors qu’à Bruxelles, en souterrain, se dissimule un chapelet d’art public des plus fréquentés. Le réseau de métro bruxellois mis en service en 1976 connaît actuellement une phase de rénovation et de réaménagements divers tandis que de nouvelles stations, suivant le développement urbain en surface, continuent de se doter d’oeuvres d’art.
Dans les années soixante, relativement tardivement par rapport à d’autres capitales européennes, Bruxelles décide de construire un réseau de métro souterrain ; période par ailleurs marquée par des questions communautaires et urbaines (fixation des frontières linguistiques, loi de 1962 organique de la planification, « bruxellisation »). À la mise en œuvre de ce colossal chantier, une commission artistique métro est créée en 1969, en vue de conseiller et de suivre l’aménagement artistique des stations. L’impératif, c’est la sécurité, la décoration est là pour le faire oublier. Bien que la commission se soit efforcée d’établir un dialogue entre les intervenants, l’implantation des œuvres est manifestement souvent dictée par les ingénieurs et les architectes ; entre la taille des surfaces disponibles et les contraintes techniques, l’artiste ne dispose que de très peu de marge de manœuvre. Les cinquante œuvres inaugurées entre 1972 et 1988 sont commandées à des artistes belges pour la plupart désignés par la commission, dont Pierre Alechinsky et Christian Dotremont (Anneessens), Pol Bury et Paul Delvaux (Bourse), Jo Delahaut, Jean-Michel Folon et Pol Mara (Montgomery), Roger Dudant et Marc Mendelson (Parc), Jacques Moeschal (Gare du Midi), Luc Peire (Roodebeek), Jean Rets (Arts-Loi), Félix Roulin (Thieffry), Tapta (Veeweyde)… D’autres voies existent néanmoins. Preuve à l’appui : la station Bockstael (l’une des rares à assumer ses murs emboués) pour laquelle l’architecte Maxime Brunfaut, sans l’aval de la commission, sollicite Jean Glibert en vue d’une intégration contextuelle et non décorative. La volonté d’embellir a eu malheureusement souvent pour effet de dissimuler un travail magistral d’ingénierie. Les interventions, pour lesquelles chacun y va de son avis, toutes aussi inégales, datées et kitsch qu’elles peuvent paraître, forment un inventaire des pratiques artistiques de l’époque.