Édito

Lisa De Visscher - Rédactrice en chef

L’été dernier s’est déroulé à Copenhague le Congrès mondial des architectes de l’Union internationale des architectes (UIA). À cette occasion, des spécialistes de la conception et de la recherche du monde entier ont débattu pendant quatre jours de la façon d’améliorer la conception de l’espace bâti pour faire face au changement climatique, renforcer la biodiversité et, surtout, créer un environnement propice à l’inclusion sociale. Le thème central de cette édition était « Sustainable futures – leave no one behind ». Pour concrétiser ce thème, le congrès s’est clôturé par le lancement de 10 principes pour un changement rapide et radical de l’environnement bâti – basé sur les ODD, les 17 objectifs de développement durable des Nations unies. Le premier principe donne d’emblée le ton : « Dignity and agency for all people is fundamental in architecture, there is no beauty in exclusion » (La dignité et l’autonomie de toutes les personnes sont fondamentales en architecture ; il n’y a aucune beauté dans l’exclusion).

Effectivement, l’exclusion n’a rien de beau, et pourtant c’est comme si l’architecture était pardonnée de ce « péché ». Le secteur de l’architecture et de la construction reste obstinément masculin et blanc. Bien que de grands progrès aient été accomplis ces dernières décennies, il faut toujours chercher à la loupe les bureaux d’architecture dirigés uniquement par des femmes ou des personnes de couleur. Récemment créée, la PAF (Platform voor Architectuur & Feminisme), organise une série d’activités pour donner plus de visibilité à cette problématique, tandis qu’avec « l’Architecture qui dégenre », cela fait déjà plusieurs années qu’Apolline Vranken, elle aussi, milite pour une plus grande visibilité des femmes dans (l’histoire de) l’architecture. « Lorsqu’on veut construire de la façon la plus inclusive possible, déclare Ann Heylighen, professeure à la KU-Leuven, il faut s’intéresser aux différents angles sous lesquels un bâtiment et son environnement vont être perçus. Cela vaut autant pour les architectes que pour les commanditaires. » Il faut donc non seulement de la diversité parmi les concepteurs d’un projet, mais aussi une profonde compréhension de son utilisation. Certains programmes s’adressent à des utilisateurs ayant des besoins spécifiques – c’est notamment le cas des différents services de soins et de l’enseignement spécial, mais aussi des prisons, instituts de santé mentale, centres pour migrants ou locaux d’accueil pour toxicomanes.

Autant de programmes qu’on s’empresse volontiers de reléguer à la périphérie des villes. Il semble difficile de se mettre à la place de groupes de population qui font pleinement partie de la société, mais qu’on ne croise jamais au quotidien en raison d’une politique d’aménagement de l’espace qui tend à vouloir dissimuler tout ce qu’on n’a pas trop envie de voir. Pourtant, cette capacité d’empathie est précisément la clé de la conception d’une architecture bien pensée, de lieux d’inclusion ancrés dans la vie locale et intégrés dans le tissu urbain. Serait-ce un cercle vicieux ? Plusieurs organisations tentent d’y remédier. La Ville de Louvain, par exemple, a créé une commission d’experts composée de personnes présentant un handicap sensoriel, mental ou moteur pour discuter des projets directement avec les architectes afin de les soutenir et de leur permettre de mieux comprendre les besoins des utilisateurs. L’équipe du Brussels Bouwmeester Maître Architecte tente de mieux anticiper les besoins, et plaide en faveur de l’expérimentation et de l’utilisation temporaire en guise de préparation des projets proprement dits, comme outil permet-tant de créer une ville plus inclusive. « En pérennisant ce qui émerge de l’occupation temporaire, on rend le projet évolutif, contribuant à un urbanisme en transition et par conséquent plus inclusif », écrit Elsa Marchal de la Team BMA. Ce faisant, l’architecture et l’urbanisme ne sont plus des instruments d’exclusion, mais, au contraire, une manière de donner de la visibilité à certains groupes de population, par des projets qui misent sur l’intégration et la connexion.

Sommaire

ÉDITO
Lisa De Visscher

OPINION
Manneken Pis Nicolas Hemeleers, Léolo Lawinski

À LA UNE
Archiweek : Brussels Architecture Prize Lara Molino
Partager ses doutes : Platform voor Architectuur & Feminisme Arnaud De Sutter
Colloque ‘Habiter le care’ Apolline Vranken
Tout et rien : livre Included Veronique Boone
L’architecture du soin : livre ‘Living in Monnikenheide’ Pieter T’Jonck
Meesterproef Vlaams Bouwmeester Marie Swyzen

ALL IN-INCLUSIVE ARCHITECTURE
&bogdan, Amal Amjahid, Molenbeek-Saint-Jean Emmanuel van der Beek
Interview : Ann Heylighen Lisa De Visscher
Collectief Noord, Ganspoel, Huldenberg Tim Peeters
Interview : NU architectuuratelier Eline Dehullu
Occuper pour questionner un lieu Elsa Marchal
Réservoir A, place Lemmens, Anderlecht Eloïse Perrillon
Studio Paola Viganò – vvv, place Marie Janson, Saint-Gilles Francesca Di Carlo
50 ans d’A+ archive : indignation optimiste Bart Tritsmans
Un chez-soi solide Pieter T’Jonck
Unik-id, cour de récréation, Woluwe-Saint-Lambert Riet Coosemans
Daniel Delgoffe – Pigeon Ochej, IPPJ, Fraipont Cécile Vandernoot
Pas de prison sans inclusion Gideon Boie
Concours : La Roseraie, Saint-Gilles Matthieu Delatte

PROJETS RÉCENTS
Goffart Polomé, Musée des Beaux-Arts, Charleroi Léone Drapeaud
Ledroit Pierret Polet – Artgineering, La Marlette, Seneffe Amélie Poirel

PRODUCT NEWS
Viviane Eeman

ÉTUDIANT
Jokerweek Lisa De Visscher

PORTRAIT
Osar Lisa De Visscher
Archipelago Lisa De Visscher

Abonnez-vous à partir de 59€ par an !

Vous recevez 4 numéros classiques et 1 hors-série

Je m'abonne

À lire également

Inscrivez-vous à notre newsletter
  • Ce champ n’est utilisé qu’à des fins de validation et devrait rester inchangé.