Édito

Lisa De Visscher - Rédactrice en chef

Depuis plusieurs années, le secteur du logement social se bat avec des listes d’attente kilométriques qui ne cessent de s’allonger. Aujourd’hui, dans un contexte de hausse des taux d’intérêts et du prix des matériaux, construire coûte toujours plus cher et la classe moyenne ne peut plus se permettre d’acheter, de sorte que nous semblons nous diriger vers une crise du logement généralisée. Pourtant, ce ne sont pas les études expliquant précisément ce qu’est un logement abordable et comment y parvenir qui manquent. Filip Canfyn y a consacré son dernier livre Woon(on)betaalbaarheid – un fil conducteur pour Edith Wouters (Ar-tur) qui, dans son article L’habitat abordable : une mission pour les concepteurs ? (p.30) brosse un tableau critique de la complexité de la problématique du logement et ébauche des pistes qui devraient amener le marché à s’apaiser.

Mais se loger moins cher ne revient-il pas simplement à construire moins cher ? Nous avons interrogé plusieurs architectes pour savoir comment ils et elles procédaient pour compresser les coûts de construction, et avons compilé onze conseils pour un produit meilleur marché, allant d’un plaidoyer pour un « urbanisme moins cher » et davantage de circularité́ à l’abaissement des critères de confort et à l’autoconstruction. Pour Kelly Hendriks (B-ild), il existe encore de la marge de manœuvre en misant sur les dimensions standards des matériaux de construction. « En appliquant au maximum ces principes, sans dépasser les dimensions maximales, on pourrait construire nettement moins cher. » (p. 34)

« Des écrans de fumée ! », affirme Kristiaan Borret, le maître architecte bruxellois. « Le vrai problème est que l’immobilier du logement est devenu un produit financier qui s’appuie sur la spéculation foncière. Même quand les architectes, promoteurs et entrepreneurs réussissent à réduire le prix de conception et d’exécution d’une construction, l’économie réalisée risque d’être engloutie dans la financiarisation du marché résidentiel. » (p. 62)

Le nœud du problème n’est pas le coût du bâtiment, mais le fait que le terrain devienne un objet de spéculation. En Belgique, c’est principalement le fait d’entreprises immobilières classiques ou de promoteurs sociaux, même si, sous l’influence des modèles de coopératives suisses ou du Community Land Trust à l’américaine, les modèles d’habitat alternatifs suscitent de plus en plus d’intérêt. Nous avons rencontré six de ces acteurs pour rassembler dans six longues interviews les approches d’architectes, de promoteurs privés et publics, ou encore d’organismes tels que Wooncoop et CLT Brussels. Plusieurs d’entre eux soutiennent des logements vendus à prix abordable et plaident en faveur de la propriété. Geert De Pauw de CLT Brussels : « Posséder son habitation, c’est avoir une sécurité de logement, c’est se constituer un capital, c’est être indépendant, et c’est aussi un patrimoine à transmettre à ses héritiers, ce qui permet de sortir de la spirale de la pauvreté générationnelle. »(p. 51)

« Ineptie totale ! », écrivait Björn Mallants, directeur général de la société de logement social Elk Zijn Huis dans le quotidien De Standaard du 14 mars. « Dans d’autres régions développées, la propriété ne semble absolument pas être une condition sine qua non du bien-être de la population. » Alors que où Matthias Diependaele, ministre flamand du Logement (N-VA), vient d’attribuer au secteur privé un demi-milliard d’euros issu des budgets prévus pour le logement social en argumentant que la crise du logement ne touchait pas que les plus pauvres, il plaide pour plus de logements sociaux et un marché locatif plus fort.

Louer ou acheter… le débat est loin d’être clos, mais ce qui compte en réalité, c’est la sécurité du logement. L’absence d’un logement stable est un piège à pauvreté. À l’inverse, comme l’affirme Theo Vaes de l’ASBL ArmenTeKort dans son argumentaire à la p. 7, la sécurité́ du logement est une arme importante dans la lutte contre la paupérisation. Alors construisons, construisons, construisons, et utilisons les moyens du marché pour éviter que celui-ci ne déraille, en proposant une offre qui, enfin, répondrait à la demande.

 

Sommaire

ÉDITO
Lisa De Visscher

OPINION
Pénurie de logements Theo Vaes
Élargissons le marché́ du logement Peter Vanden Abeele

À LA UNE
Escher – Other World Eline Dehullu
Plants, Shadows and Models Eline Dehullu

AFFORDABLE HOUSING
DBLVa, Nekkersput, Gand Arnaud De Sutter
Broekx-Schiepers, Logement collectif, Borgerhout Bart Tritsmans
L’habitat abordable : une mission pour les concepteurs ? Edith Wouters
Règles d’or pour un logement abordable Eline Dehullu
Ectv, Habitat groupé Jean, Sint-Amandsberg Paul Vermeulen
Six approches de l’habitat abordable Eline Dehullu, Lisa De Visscher
Archive : 50 ans d’habitations sociales Pieter T’Jonck
It’s the finance, stupid! Kristiaan Borret, Ann De Cannière, Jean-Guy Pecher, Frederik Serroen
Vers.a, Biestebroeck, Anderlecht Tim Peeters
Artau, Logement Arc, Liège Élodie Degavre
Concours: Metapolis, Master-plan Kolderbos, Genk Anne Malliet

INTERVIEW
Bruther Lisa De Visscher

PROJETS RÉCENTS
Label, Love pt. II, Charleroi Carla Frick-Cloupet
Robbrecht en Daem – VK, Hôpital ZNA Cadix, Anvers Emmanuel van der Beek
Baro – Sum – Kempe Thill – Anno, Cirque d’hiver, Gand Sara Vermeulen

PRODUCT NEWS
Viviane Eeman

ÉTUDIANT
Dynamisme Eline Dehullu
Tiny City House Riet Coosemans
Supersurface Lisa De Visscher

PORTRAIT
Linto Lisa De Visscher
Pashenko Works Eline Dehullu
Laboratoire Lara Molino

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