"Pour une meilleure architecture"

publié le 27.06.2014 | texte Véronique Patteeuw

A l’origine simple feuille polycopiée proposée par cinq étudiants en architecture de l’Académie des Beaux-Arts de Liège, L’Equerre s’est développée en onze années en plate-forme de débat et en instrument de diffusion de l’architecture moderne en Belgique. Un siècle plus tard, les Editions Fourre-Tout rééditent l’intégralité des numéros de la revue dans un ouvrage impressionnant. Une opération rare à trois égards: comme composante significative de la culture architecturale belge, comme indice de la rencontre féconde entre l’architecture et l’édition, et comme vecteur de la critique constructive d’une jeune génération. Ce n’est que quelques mois après le premier CIAM en 1928 que L’Equerre voit le jour. Fondée par Emile Parent, Edgard Klutz, Yvon Falise, Paul Fitschy et Albert Tibaux, elle est l’expression du mécontentement estudiantin et verbalise une frustration vis-à-vis de l’institution pédagogique. L’aspiration à l’introduction de la modernité dans l’enseignement s’articule dans une critique générale du système et dans la confrontation de modèles. Projet de contestation et d’auto-éducation d’une génération, L’Equerre devient rapidement une revue de propositions et de débats, de polémique et d’expérimentation. Elle s’inscrit ainsi dans la production éditoriale des avant-gardes européennes, comme ‘L’Esprit Nouveau’, ‘Action’, ‘Het Overzicht’, ‘Bouwkunde’ et surtout ‘7 Arts’ – fondée par les frères Bourgeois et modèle pour L’Equerre.

Bien que tardive, la naissance de la revue est courageuse. Portée par la volonté d’inscrire l’architecture dans une dimension culturelle élargie, elle combat ‘l’ancien monde’ dominé par des questions de style, et propose des lectures alternatives de l’architecture contemporaine. A ses débuts ce combat fait toutefois peu d’écho: des 300 exemplaires du premier numéro, à peine 120 sont vendus.

Sébastien Charlier (red.), L’Equerre

Tel Archigram, L’Equerre est une revue avant de devenir un bureau d’architecture. Force centripète et centrifuge, elle rassemble les acteurs et leur procure une identité. La propagande moderniste se matérialise d’abord dans une série d’expositions et ensuite dans la fondation en 1935 du bureau d’architecture du Groupe L’Equerre. L’autorisation des nouvelles représentations de l’architecture se matérialise ainsi définitivement.

Souvent mal conservées et peu répertoriées, les revues d’architecture restent des sources importantes, permettant de renouveler notre compréhension de l’histoire architecturale. Cette réédition rend à nouveau accessibles des numéros depuis longtemps épuisés,
dont nombre d’articles jalonnent l’époque bouillonnante de l’architecture moderne en Belgique. La réédition de L’Equerre s’inscrit dans la démarche – entamée depuis la fin des années 1970 – de revalorisation de la médiation architecturale. Mais le projet porté par Pierre Hebbelinck et Sébastien Charlier s’inscrit également dans une attention renouvelée pour l’architecture moderne en Belgique. L’appareil critique qui complète les facsimilés et notamment les essais de Hélène Jannière, Sébastien Charlier et de Geoffrey Grulois, offre un nouvel éclairage sur cette période. L’apport d’une revue telle que celle-ci permet de nuancer et d’approfondir notre compréhension de l’histoire de l’architecture belge. Une attention renouvelée pour l’édition et pour l’architecture moderne, qui mérite notre attention, notre réflexion et notre plus grand accueil. Comme l’ont suggéré les éditeurs de l’Equerre en novembre 1931: “Pour une meilleure architecture”.

 

L’Equerre. Réédition intégrale – The Complete Edition 1928-1939
Sébastien Charlier (red.)
Fourre-Tout Editions, Luik, 2012
isbn 978-2-930525-12-9
www.r-diffusion.org

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