J’ai comme l’impression que nous sommes fatigués des solutions. Qu’il s’agisse de végétation, de panneaux solaires ou de pompes à chaleur, la dépendance collective de l’architecture au « solutionnisme » n’est plus de mise. Trop souvent, les « solutions » ne font que figer un statu quo. En apparence, le changement climatique n’est qu’un problème qui sera résolu par des solutions. D’après les solutionnistes, c’est comme cela que nous nous en sortirons. Mesures politiques, piégeage et stockage du carbone, zéro émission nette d’ici 2050. Quelques ajustements – qui, même s’ils sont de plus en plus substantiels, n’en demeurent pas moins de simples ajustements – proposant une correction de cap à notre régime industriel mondial, un écomodernisme où tout semble inchangé, mais qui fonctionnerait avec des carburants propres. Les solutions permettent de remédier à la situation sans perturber l’équilibre des pouvoirs.
Le recours à l’intelligence naturelle permet de sortir quelque peu du solutionnisme. Un sentier bien ombragé, envahi de végétation jusqu’à être humide, moite, presque hostile. Il ne s’agit pas des plantes sélectionnées par les jardins botaniques de Kew ou la Fondation Ford, qui mettent la nature à l’abri des aléas du temps et de l’espace, en produisant avec énergie des systèmes clos pour l’incubation et la préservation. Ce serait plutôt des plantes qui grimpent sur les poteaux téléphoniques. La quintessence de la mauvaise herbe poussant dans les interstices d’un trottoir, qui fleurit et est sans doute légèrement toxique. L’insoutenable insistance de la nature, incapable de nous laisser tranquilles, même si elle le voulait. Un autre type d’intelligence.