Publié le 07.02.2024 | Texte: Arnaud De Sutter | Photos: Stijn Bollaert

Dans ce projet, le mur aveugle de la parcelle a été agrandi par endroits, tant en largeur qu’en hauteur – une anomalie désormais totalement intégrée dans son environnement. Derrière le mur, un toit en pente se révèle timidement au voisinage. Au niveau de l’entaille dans le mur se trouve une fenêtre, à une certaine distance. Le mur est une projection de la structure qui a été construite contre lui. À côté d’un parking de la centrale de pneus voisine, le bureau MAGMA architecten a construit une habitation derrière un immeuble à appartements de trois étages. De ce terrain, on ne distingue absolument pas clairement quelle structure se trouve sur la parcelle adjacente. Et c’est précisément le but recherché.

L’immeuble à appartements en question se situe le long d’un axe de pénétration d’Hasselt. Les environs – exemple typique d’une périphérie urbaine éparpillée – sont un amalgame de magasins en bord de route, de lotissements ouverts et d’habitations multifamiliales. Cela se reflète également dans la structure des parcelles locales. L’immeuble est construit sur un terrain tout en longueur jouxtant à la fois un hangar et un bosquet. Entre le bâtiment et le jardin, il y avait une maison de plain-pied dans le prolongement d’un espace commercial côté rue. MAGMA a démoli cette maison pour y construire son projet. Là où plusieurs lignes de perspective se croisent, le bureau d’architectes ne voulait pas toucher aux vues des voisins du dessus, pas plus qu’à l’intimité des habitants.

La nouvelle construction conçue par le bureau est donc le fruit de la confrontation de ces diverses sensibilités. Modeste, le bâtiment ne semble comporter qu’un seul niveau, mais il ne faut pas se fier aux apparences. En réalité, depuis l’entrée du rez-de-chaussée, le plan d’étage s’enfonce en sous-sol, où les espaces de nuit de l’habitation échappent aux regards. MAGMA a construit une vaste maison familiale pour cinq personnes en inversant totalement la typologie d’habitat classique.

Bien qu’enfoui dans le sol, l’étage inférieur n’en est pas pour autant privé de lumière. Toutes les chambres sont en effet organisées autour d’un patio ouvert qu’un plan incliné relie au jardin. Quatre chambres et une salle de bain donnent sur un long couloir qui entoure le patio. Chaque chambre dispose d’un accès à l’espace allongé qui la relie au jardin. Cet accès, qui relie les chambres entre elles, leur procure une certaine autonomie les unes par rapport aux autres ainsi que par rapport à l’habitation. À l’extrémité de la pente, la salle de bain est à la fois un espace fonctionnel et un endroit où prendre le frais à la lisière du jardin. L’étage, où le patio est le point central et l’espace principal, évoque quant à lui un cloître.

Contrairement au calme et à la zénitude qui règnent au sous-sol, le rez-de-chaussée grouille d’animation. C’est dans la structure du toit que c’est le plus évident. Soutenue par des colonnes sculpturales, la couverture en béton apparent part en oblique vers un puits de lumière central. L’espace est contenu entre deux espaces extérieurs, dont le jardin est le principal. À côté de la cuisine, on dirait que le volume a été amputé d’un morceau. Dans le bas, la fenêtre qui s’ouvre en totalement en accordéon borde un patio donnant sur le bas de la déclivité donnant accès au jardin. L’intérieur se connecte brièvement au monde situé à l’extérieur du jardin par le mur surbaissé de la parcelle. La dichotomie de l’espace qui en résulte est visuellement renforcée par l’armoire centrale qui s’y trouve. Le séjour et la salle à manger donnent sur le jardin, et la cuisine est attenante au patio. L’escalier d’accès au sous-sol se trouve dans le prolongement du plan de travail.

Les architectes de MAGMA ont baptisé vol-ledig (littéralement « plein-vide ») ce projet qui résulte de la confrontation entre l’espace bâti et l’espace auxiliaire non bâti. Cet espace auxiliaire renforce l’espace intérieur, en est le prolongement. Il n’est donc pas étonnant que toutes les pièces y soient connectées par de grandes portes et fenêtres. L’espace auxiliaire est une interaction directe avec l’environnement et entre les étages. Fruit d’une quête de lumière, à l’abri des regards indiscrets, une maison en quête de spatialité dans un espace limité a vu le jour.

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