La Bellone, centre de documentation de Contredanse

Thomas Delord
publié le 15.02.2011 non résidentiel
© Thomas Delord
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Pour répondre au besoin de formuler une « invitation à  se rendre au cœur du document d’archive de la danse », le jeune scénographe Thomas Delord a proposé « une sorte de meuble d’archivage géant » par lequel « les fenêtres deviennent tiroirs ».
Choix simple, élémentaire, presque naïf, s’il ne prenait place dans un lieu particulier, la cour de la Bellone, laquelle appartient à  cette famille de cours historiques qui, à  travers l’Europe ancienne et le monde sans doute, se sont vues couvertes, à  la fois pour célébrer leur valeur patrimoniale, mais également pour offrir des lieux nouveaux en matière d’équipements.
Ce choix prend une dimension supplémentaire en s’appuyant sur la conscience que « l’utilisation de la cour de la Bellone est un véritable défi, précise Thomas Delord. La façade en elle-même est très présente. Il fallait donc trouver une solution pour ‘détourner’ le regard du visiteur vers quelque chose d’insolite. C’est comme cela que je suis arrivé à  ‘plugger’ une partie de ma scénographie sur la façade. Ceci induisait un dialogue architecture-scénographie, impliquant une relecture obligée, et peut-être ludique, de l’architecture du lieu. »
Ce qui aurait pu se limiter à  un exercice de style, prenait une épaisseur supplémentaire en termes de sens. Des ouvrages géants en papier, sortes d’origami d’un minimalisme aveuglant, génèrent des protubérances géométriques, non pas dans le virtuel auquel les nouveaux outils de conception nous ont contraints, mais dans le physique, le vérifiable, l’expérimentable, le réel.
Par une attitude d’une légèreté absolue, sans abandonner la responsabilité du résultat, ce jeune scénographe dit avoir appris à  travers ces archives « que danse ne veut pas toujours dire mouvement. Ainsi j’ai essayé de créer une ‘vibration’ dans l’œil (plus que du mouvement) par le biais de la lumière ». Et, répondant à  une question au sujet de l’installation vidéo: « Ce qui semblait intéressant pour les vidéos c’était de traiter du sujet de la transmission de la danse: elle se fait (malheureusement) à  80% par le biais de la vidéo. Hors on sait à  quel point ce médium peut être trompeur aujourd’hui. Ainsi, les cinq écrans correspondaient à  cinq types de traitements: du moins traité (la captation brute), au plus traité (le film de danse) ».
Il y a quelques années, revendiquant plus de sens en architecture, je plaidais « pour une dramaturgie architecturale », m’inspirant de cette manière dont les arts vivants nourrissent leurs productions formelles d’un substrat incroyablement riche, rassemblé sous ce que les professionnels dénomment « la dramaturgie d’un spectacle ». En réaction à  cette quête, j’essuyais les propos cinglants de quelques confrères, me répliquant « l’architecture n’a rien à  dire », dans le sens de: « évitons les architectures bavardes ».
L’exemple de la scénographie de Thomas Delord, nous montre combien, sans être bavarde, tout en retenue expressive, une forme dans l’espace n’en est pas moins porteuse de sens.

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Thomas Delord
Bruxelles | 2011
A+228
pages 64-65

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