Publié le 15.04.2024 | Texte: Joeri De Bruyn | Photos: Plusoffice

En Europe, le secteur de la construction est responsable d’environ 40 % des émissions de gaz à effet de serre, 50 % de la consommation d’énergie, 30 % de la consommation d’eau et 50 % des flux de matériaux. Les chiffres sont connus, et les solutions aussi. Nous devons opérer la transition vers une culture circulaire de la construction. Cela signifie, en premier lieu, d’éviter au maximum de construire des bâtiments neufs et de réaffecter le parc immobilier existant ; ensuite, de réutiliser le plus possible de matériaux et/ou d’avoir recours à des matériaux réutilisables, renouvelables ou recyclés. Ça, c’est la théorie, mais la pratique ne suit pas. C’est pourquoi un projet tel que Hi! Site à Grimbergen est si important. En Belgique, c’est le premier projet à mettre en oeuvre à grande échelle les principes circulaires, tout en réussissant la prouesse d’y associer une identité forte et une esthétique nouvelle.

Un peu d’histoire… Un promoteur immobilier a racheté l’usine désaffectée de Douwe Egberts à Grimbergen, initialement dans l’intention de démolir les bâtiments et d’y construire une nouvelle zone de PME. Le service Environnement a confié à Plusoffice architects la mission d’étudier des scénarios alternatifs et d’agir en médiateurs prenant en compte les intérêts du promoteur, de la commune et de la province. En cours de processus, les mentalités ont mûri et l’idée est née de créer Hi! Site, un lieu mixte avec des bureaux, des industries et du secteur récréatif misant totalement sur la réutilisation, la circularité, la désartificialisation des sols et la restauration écologique. Une fois tout le monde d’accord, Plusoffice s’est attelé à développer ensemble avec exploitant Opco le concept pour le compte du promoteur et a dessiné un plan de végétalisation en collaboration avec Plant en Houtgoed. Plus de la moitié des sols ont été désartificialisés et restaurés sur le plan écologique. La cour intérieure logistique est à présent un espace de rencontre végétalisé, et la rotonde démesurée qui donnait accès à l’immeuble de bureaux a été ouverte afin de devenir dans les prochaines années une sorte de jardin-forêt écologique, retourné à la nature. En outre, des travaux visant à réaliser un réservoir-tampon d’eau sont en cours sur le site, avec (à terme) la volonté de réhabiliter la vallée du Landbeek. L’aspect mobilité n’a pas non plus été négligé. Alors que le site avait été conçu à la taille des voitures et des camions, il est à présent également connecté à l’autoroute cyclable et à la future ceinture cyclable autour de Bruxelles. Sur le site, les modes de transport actifs seront désormais rois.

Rapidement, plusieurs hangars et entrepôts ont été réinvestis par des occupants : HelloFresh y a établi son centre de distribution, la salle des fêtes de la commune y est temporairement accueillie, et Arenal y a installé une salle de sports indoor avec des trampolines et des terrains de padel. Le mélange de fonctions contribue à créer un lieu plus inclusif qui vit également en dehors des horaires de bureau. Cela fait déjà près d’une décennie que Plusoffice a proposé ce concept de « tour productive » dans le cadre de « A Good City Has Industry ». Cette tour, qui n’existait que sur papier, est pour la première fois devenue réalité. L’ancienne usine de torréfaction de café a été transformée en Hi! Maak. Cette référence claire dans le paysage a été totalement

déshabillée jusqu’à ce qu’il ne reste que la robuste structure d’étages de quatre mètres, de sorte que le bâtiment convenait pour accueillir des installations de production plus lourdes et exigeantes. Les briques de silicate dont étaient constituées les cloisons intérieures ont été reconverties pour en faire des cages d’ascenseur et d’escalier. L’auvent qui surplombe la zone logistique à l’avant du bâtiment est lui aussi entièrement constitué de matériaux de récupération.

Pour finir, l’immeuble de bureaux des années 1990 a été reconverti en lieu de travail contemporain. L’entrée ostentatoire de l’immeuble de bureaux, qui empruntait une passerelle, a été supprimée et remplacée par un nouvel accès via la cour intérieure végétalisée, constitué d’une structure de gradins en acier, qui saute aux yeux. Au rez-de-chaussée, Hi! Meet accueille désormais les entreprises qui, après la pandémie, ont réduit leur parc de bureaux pour leur permettre d’organiser ponctuellement des formations, brainstormings, ateliers et fêtes d’entreprise. Pièce Montée, qui signe la scénographie de cet espace, a utilisé du vieux matériel de bureau : fax, projecteurs de transparents, armoires d’archives, écrans et claviers très lourds, empilés en sculptures ou en quelque sorte déconstruits pour accéder à de nouvelles fonctions ludiques.

Aux étages, Hi! Werk transforme les bureaux paysagers autour de l’atrium en plus petites unités modulaires entre lesquelles sont astucieusement insérés des lieux de rencontre et de calme. En collaboration avec Laura Muyldermans, Plusoffice a développé une nouvelle esthétique basée sur le fétichisme de bureau de Hi! Meet. Les cloisons sont réalisées en profilés metal stud réutilisables (Juunoo), notamment habillés de vitrages récupérés de la façade de parement de l’immeuble de bureaux. Le mobilier – tables, portemanteaux, luminaires – a été reconstitué à partir d’éléments du mobilier de bureau abandonné.

Le site Hi! est le fruit d’une collaboration et d’un engagement : les différentes parties ont dû renoncer à leurs pratiques habituelles et tout le monde est sorti de sa zone de confort. Le promoteur a délaissé son modèle de rentabilité classique pour travailler lentement et progressivement. Les architectes ont en quelque sorte été contraints de créer à même le site, et de travailler avec ce qu’ils avaient sous la main. Les entrepreneurs ont dû faire preuve de créativité avec les matériaux trouvés sur place, et inventer de nouveaux procédés et de nouvelles techniques de montage. Quant aux habitants et utilisateurs, ils doivent encore un peu s’habituer à un environnement ne proposant pas le niveau de finition ou les normes de confort classiques, et à une esthétique qui, au départ, peut sembler un peu perturbante. Mais dès qu’on se plonge dans le récit, on se rend compte qu’il s’agit là d’un exemple de la construction du futur. Ou, comme le déclare le promoteur : « Tout le monde en parle, nous agissons ! »

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