commissariat de police et mairie de quartier

Atelier d’architecture Georges-Eric Lantair
publié le 20.02.2012 | texte Christine Roels non résidentiel

En un lieu unique et de proximité, la Ville de Liège a récemment réunit un commissariat de police et une mairie de quartier. Signé par Georges-Eric Lantair associé au bureau d’études Greisch, le nouveau volume assure la présence des pouvoirs publics parmi hangars décorés et autres bâtisses populaires. Une architecture d’auteur qui dialogue avec la banalité de ce paysage urbain.

Dans le quartier de Bois-de-Breux, le long d’une nationale bordée de poteaux d’éclairage, le site de la mairie et du commissariat, faisant face à des maisons mitoyennes, jouxte le parking d’un supermarché, d’un centre d’accueil et d’une crèche. L’Atelier d’architecture Georges-Eric Lantair, qui a remporté l’appel d’offres en 2006 en association momentanée avec le Bureau d’études Greisch, a proposé de reproduire l’implantation orthogonale à la route des autres bâtiments. La nouvelle construction se distingue simplement, grâce à un volume plus haut que large. Face à ce contexte indompté, le défi consistait principalement à faire cohabiter les deux programmes.
La compatibilité entre le commissariat et la mairie de quartier ne tombe en effet pas sous le sens. La mairie de Bois-de-Breux regroupe le plus grand nombre de services destinés à 30.000 habitants et accueille la première salle des mariages officiellement décentralisée. Le commissariat doit, quant à lui, répondre à des principes de fonctionnement stricts. Pour autant, les architectes ne se sont pas focalisés sur les points de divergence des programmes. La mixité fonctionnelle du bâtiment forme au contraire l’argument principal de sa composition spatiale.
La combinaison de deux parements en faà§ade en est un signe manifeste, le premier que le visiteur perçoit en quittant sa voiture. Le commissariat a pour code le mur opaque de briques brunes; la mairie, une peau translucide de polycarbonate. L’agencement des locaux se lit grâce à ce traitement des façades dont il faut noter le sens évident. Il entretient les valeurs du quotidien. « Toute production banale montre des choses qui vont de soi », comme le soutient George-Eric Lantair.
L’ouverture des couloirs intérieurs sur l’extérieur, le croisement des flux de personnes et la modularité des zones de rassemblement y ont été favorisés par ailleurs. L’accueil de la population est par exemple mis en commun. Un comptoir central au niveau zéro oriente le visiteur vers les bureaux de la mairie ou vers ceux dédiés aux plaintes judiciaires. Il se situe dans un large couloir distributif surnommé la ‘rue intérieure’ car il relie les deux entrées principales, depuis la rue de Herve ou le parking aménagé aux abords du bâtiment. Les locaux sont groupés par programmes à proximité de chacune de ces entrées, tandis qu’une porte est prévue au milieu de la ‘rue’. L’un peut donc fonctionner indépendamment de l’autre.
Les espaces de la mairie se prolongent au premier niveau avec l’antenne du CPAS, la salle des mariages et une salle polyvalente. S’y trouvent également les bureaux des commissaires, tandis que le second niveau est réservé aux autres fonctionnaires de police. Bien qu’ils se partagent un étage, ces deux groupes de locaux sont isolés l’un de l’autre. Un système d’accès par deux escaliers fait en sorte, dès le rez-de-chaussée, d’amener le visiteur dans la zone désirée. L’aménagement de ces cages d’escalier maintient toutefois l’esprit de la rue intérieure: un vis-à -vis, une double hauteur, des baies intérieures et une salle d’attente sur le pallier des bureaux des commissaires renforcent le sentiment de cohabitation.
En matière de modularité, un troisième accès public a été prévu vers la salle des mariages et la salle polyvalente. Une rampe, qui longe le garage du commissariat placé à l’arrière du bâtiment, conduit à la partie mairie du premier niveau. Elle démarre au pied d’un jardin placé entre le bâtiment de bureaux et le garage. Cet espace vert agrémente ainsi l’accès arrière à la mairie et l’entrée de service des policiers.
La salle des mariages peut être subdivisée et ouverte sur le couloir, le hall d’accueil ou sur une salle de réunion adjacente, réservée aux agents de la mairie. L’ambiance et les circulations se modifient selon les usages sur ce plateau qui reà§oit bureaux de fonctionnement et espaces de fêtes.
Le dénominateur commun de ce jeu d’imbrication spatiale et de gestion des circulations semble être un outil particulier. « Si la réticence est d’abord un état personnel, intime, elle est plutôt un outil de la discipline architecturale. » affirmait déjà George-Eric Lantair lors de la conférence ‘Réticence’, donnée dans le cadre de Stad en architectuur en 2009 à Leuven. Comme l’écrivain qui refuse d’achever une phrase, le bureau d’architectes a refusé de cloisonner les espaces d’accueil de la mairie et du commissariat. Comme une sculpture au titre énigmatique qui ne se révèle pas au premier regard, la rampe d’accès au premier étage n’est pas qu’utilitaire; elle évoque aussi la procession de la mariée. Comme la simple réaction humaine de réserve et d’hésitation, chaque choix conceptuel a été posé de manière telle à éviter un langage architectural trop explicite. Dans la gamme de peintures murales, on compte un aplat gris réalisé sur le plafond de la salle de réunion des agents de police. Il semble glisser hors des limites du plafond si bien qu’il influe sur la perception des dimensions de la pièce.
Les écueils d’une stricte séparation des programmes et d’une simple distribution de pièces en plan ont été évités. Le projet convoque le Modernisme sous forme de réminiscences. La réflexion poussée sur le fonctionnement du bâtiment, son esthétique de machine à double programme et la nature des peintures murales invitent à l’affirmer. Bien qu’il soit innovant, ce n’est pas cette valeur que ce bâtiment représente le mieux. Il véhicule plutôt l’idée de faire partie intégrante de l’ordinaire. A ce titre, on y retrouve ensemble essais, banalités, manies et gestes de bon sens. Enfin, si une certaine production contemporaine cherche l’efficacité dans l’optimisation des moyens architecturaux, c’est dans leur démultiplication que cette quête est ici menée.

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Atelier d’architecture Georges-Eric Lantair
Liège | 2012
A+234
pages 46-49

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