Centre culturel Victor Jara

L'Escaut Architectures + Bureau d'études Weinand
publié le 24.10.2011 | texte Christophe Van Gerrewey non résidentiel

Le centre culturel Victor Jara à Soignies est le fruit d’une association momentanée du bureau L’Escaut Architectures et du bureau d’études Weinand. Il est posé à l’ombre d’un clocher, en plein centre de la commune.

Au pied du terrain, sous une voûte, coule la Senne. Le bâtiment tente d’accompagner cette transition de relief, ces différences de tailles des bâtiments environnants, et de leur donner forme tel un fleuve tumultueux. Le tissu urbain médiéval est prolongé de manière apparemment naturelle, tel qu’il aurait pu l’être à l’époque. « Il émerge du sol tel un étrange rocher, écrivent les architectes, et parle ainsi du lien qui existait à l’origine entre la ville et les pierres. » Cette forme voûtée et cassée n’en est pas moins fonctionnelle: à l’arrière, l’escalier menant à l’entrée située en hauteur peut également servir de podium ou de tribune. Les vitres vertes mettent de la couleur dans la façade gris foncé. Tout autour, un chemin tortueux conduit parfois les promeneurs sous des surplombs du bâtiment. Comme le jury s’est plu à le souligner, la grande salle de théâtre occupe relativement peu de place étant donné que plusieurs endroits sont ‘restitués’ à la ville sous forme de domaine public. Parallèlement, la circulation, comme le reste du projet, a été aménagée avec professionnalisme dans ce monolithe, de sorte qu’aucun espace n’est perdu et que tant l’intérieur que l’extérieur sont optimisés.
De loin, et sans trop s’attarder sur les détails ou les rapports d’échelle, ce centre culturel ressemble à la Casa da Musica de Porto, construite en 2005 par OMA/Rem Koolhaas: même escalier d’accès ressemblant à un vaisseau spatial; même géométrie biscornue impossible à embrasser d’un seul regard; même manière d’emballer – comme avec un film d’aluminium froissé – le hall central par l’infrastructure, la circulation et les programmes secondaires. Et pourtant, il y a une différence fondamentale: la Casa da Musica n’a pas été conçue en pensant à Porto. Ce propos peut même être pris au sens littéral: le projet est une transposition à une autre échelle d’une habitation conçue pour un tout autre endroit. Si la Casa de Musica fait figure de bloc de pierre, c’est pour des raisons strictement internes et pas toujours explicables. La forme du centre culturel Victor Jara, quant à elle, découle du programme, mais surtout de son environnement. Elle tente le plus possible de se prémunir et de s’adapter à tout se qui s’est déjà produit à proximité – et à ce qui pourrait encore se produire. « Ils ont fait quelque chose de tout à fait différent que de poser un cube au beau milieu de l’endroit », mentionne le rapport du jury – tandis qu’à Porto, même s’il ne s’agit pas d’un cube, on trouve tout de même un polygone planté sans grande considération. Bien sûr, Soignies n’est pas Porto, et toutes les situations ne sont aussi différentes et déterminantes. Pourtant, les deux bâtiments présentent une approche conceptuelle diamétralement opposée: une toute autre attitude face à l’espace public peut manifestement générer une apparition comparable.

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L'Escaut Architectures + Bureau d'études Weinand
Soignies | 2011
A+232
pages 70-72

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