Apologie du paramétricisme

publié le 17.03.2015
©Zaha Hadid Architects, Havenhuis, Antwerpen, 2015

©Zaha Hadid Architects, « Port House », Anvers, 2015

 

Le paramétricisme est en crise. Afin de survivre et de réussir, ce style architectural doit moins mettre en avant les processus de conception et privilégier les objectifs sociétaux. Patrik Schumacher plaide pour un paramétricisme 2.0: nous devons nous appuyer sur les nouveaux processus de conception si nous voulons que l’architecture garde un impact sur la société.

Le paramétricisme utilise des processus algorithmiques pour générer aussi bien des compositions stratifiées complexes truffées d’interdépendances internes que des affiliations urbaines externes de grande densité. Les résultats sont aisément reconnaissables à leur organisation panachée, continue, complexe, rappelant des organismes vivants. La cohérence du paramétricisme en tant que style est garantie par l’adhésion à un ensemble de principes abstraits généraux qui peuvent être formulés explicitement sous forme d’heuristiques négatives et positives, c’est-à-dire de restrictions et d’instructions, comme suit:

Heuristiques formelles:
éviter les formes idéales: rendre tous les éléments malléables par paramétrage;
éviter les répétitions: différencier tous les systèmes d’éléments;
éviter la juxtaposition d’éléments ou de systèmes non reliés entre eux: corréler tous les systèmes.

Heuristiques fonctionnelles:
éviter les stéréotypes: toutes les fonctions sont des scénarios à variation paramétrique;
éviter l’homogénéisation sociale: tous les domaines programmatiques sont différenciés;
éviter le zonage fonctionnel: tous les programmes sont en résonance les uns avec les autres.

Les nouveaux principes formels sont tellement abstraits qu’ils ouvrent un nouvel univers inépuisable de conceptions à explorer. Cependant, ils sont suffisamment déterminés pour conférer au style une physionomie distincte, engendrant des valeurs esthétiques distinctes, par contraste avec tous les styles architecturaux antérieurs. Jusqu’ici, cela va de soi. Ce qui est moins évident (et doit être souligné dorénavant), c’est le fait que les nouvelles heuristiques formelles donnant une définition opérationnelle du style s’adaptent harmonieusement aux exigences sociales contemporaines.

 

© Zaha Hadid Architects, Havenhuis, Antwerpen, 2015

© Zaha Hadid Architects, « Port House », Anvers, 2015

 

Crise

Le paramétricisme est en crise. Le mouvement est en récession: les faits qui sous-tendent ces constats sont préoccupants car le paramétricisme est le seul style contemporain susceptible d’offrir des solutions architecturales véritablement nouvelles. Si le paramétricisme est contraint de battre en retraite, l’architecture reste impuissante face aux processus informes d’urbanisation mondiaux. Si le paramétricisme est davantage marginalisé et que ses accomplissements s’effilochent, cela signifie que le modernisme – inauguré il y a près de 100 ans – aura été la dernière contribution percutante de la discipline.

En 2008, le terme paramétricisme a été proposé pour marquer la convergence mondiale manifeste autour d’une nouvelle méthodologie et d’un nouveau répertoire de conception qui utilisent des outils de conception informatiques pour générer un niveau plus élevé de complexité et de connectivité spatiales. Ce mouvement, qui en 2008 avait mûri pendant plus d’une décennie, était supposé être un candidat crédible pour devenir le style historique du XXIe siècle, et appelé à supplanter le modernisme, ce style du XXe siècle qui avait connu sa crise terminale et son rejet à la fin des années 1970. La récession du paramétricisme signifie que près de 40 ans d’efforts avant-gardistes de recherche – le postmodernisme menant au déconstructivisme, au ‘pli’ et finalement au paramétricisme – ont été vains, et ont laissé l’architecture impuissante, incapable de transformer l’environnement bâti mondial comme l’avait fait le modernisme au siècle dernier. Le postmodernisme et le déconstructivisme étaient des styles transitoires sans viabilité généralisable, de simples étapes vers un nouveau paradigme viable et généralisable: le paramétricisme.

Bien que le paramétricisme n’eût pas encore conquis le grand public, c’était la tendance avant-gardiste dominante à l’échelle mondiale, qui nourrissait l’ambition crédible de devenir la meilleure pratique mondiale généralisée de la discipline. Tout cela semblait plausible en 2008.

Pour en savoir plus: A+252

 

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