Depuis l’été, la plaine Marie Janson est réouverte au public. Réalisée par l’association Studio Paola Viganò – vvv, cette rénovation donne suite à un projet d’occupation du collectif Toestand. L’un et l’autre s’inscrivent dans le contrat de quartier Parvis-Morichar, par Suède 36, qui a coordonné, depuis 2015, la transformation de Saint-Gilles. Comprendre cette plaine, c’est en comprendre les usages. Du moins, c’est ce que cet article propose.

À l’angle de la nouvelle plaine, un mec à casquette, marcel tendu et biceps qui débordent, est concentré sur sa prochaine série de tractions. Principale spectatrice de l’exploit à venir, une petite fille éclate de rire depuis la balançoire. Le sérieux du culturisme s’invite dans le parc à jeux, favorisant la rencontre improbable et comique de deux quotidiens qui s’ignoraient. La scène est touchante comme un dessin de Sempé, vécu en vrai. Sur le terrain de foot, c’est du sérieux. Des adolescents rejouent en mixité une finale Angleterre-Espagne 2023, qui a marqué les esprits. De part et d’autre de la clôture du parc à chiens, deux personnes partagent un même banc. Ni le jeu des dogues argentins d’un côté, ni ceux des enfants de l’autre ne semblent avoir d’effet sur leur discussion animée. Un peu plus loin, se juxtaposent siestes sur l’herbe et courses de cyclistes dévalant le pavé. La plaine, comme Bruxelles, est un collage étrange et contrasté. Ces scènes ont d’abord existé à travers l’action de l’ASBL Toestand sur la place, entre 2015 et 2019. L’occupation du lieu, mandatée par le contrat de quartier, a permis d’entretenir soigneusement cet espace public délaissé tout en intensifiant ses usages. L’occupation a également permis de définir, en l’éprouvant au quotidien sous la forme d’installations et d’évènements, un programme « d’usages » pour le futur de la place. Cette expérience singulière fut retranscrite dans un document qui propose des usages observés ou souhaités.