Ce numéro thématique d’A+ consacré aux « Small Escapes » s’intéresse aux espaces que les architectes ont créés pour eux-mêmes, aux secondes résidences et à l’envie de s’« échapper » (notamment échapper à la réglementation) et d’expérimenter (notamment avec les matériaux), ainsi qu’aux projets à petite échelle, aux maisons de vacances et lieux de retraite. La rédaction m’avait demandé si je pouvais présenter dans ce contexte Le Montavoies, un lieu auquel je me consacre exclusivement depuis 2009 dans le Jura français. J’avais répondu que Le Montavoies n’avait rien à voir avec la thématique du numéro, et dans mon esprit, la discussion était close. A+ m’a toutefois retéléphoné plus tard et, lors de cette conversation, l’idée a germé de faire un article où j’expliquerais à quel point Le Montavoies était éloigné du thème envisagé par la rédaction : une définition ou une brève description d’un point de vue contraire.
Non, Le Montavoies – la montagne et ses sentiers – n’est pas le projet d’un architecte qui crée pour lui-même. Pour commencer, Le Montavoies n’est pas un projet : ce n’est pas un plan préréfléchi qu’on exécute. Le Montavoies évolue et change en permanence, rien n’y est jamais achevé : du bois y est empilé en tas. Les tas de bois sont quasiment les architectures les plus résistantes que je connaisse, et un an et demi plus tard il n’en reste aucune trace. Les saisons y changent tout, de manière permanente : sous la neige ou sous la brûlure du soleil, un espace se transforme radicalement. Les arbres tombent, la roche s’effrite, l’eau creuse les sentiers… Ensuite, Le Montavoies n’est pas centré sur les désirs personnels de l’architecte : une de ses principales motivations est de rendre le terrain toujours plus convivial, on pourrait dire toujours plus public.