Publié le 13.02.2024 | Texte: Francis Carpentier | Photos: Francis Carpentier

« Ranger les couleurs, n’est pas une composition de formes géométriques colorées. C’est inscrire chacune des teintes dans une structure, dans un jeu de divisions élémentaires. »

Quiconque ouvre Jean Glibert. Conversation avec Raymond Balau (1997) glisse immédiatement dans l’univers de Jean Glibert. Tout y devient tableau : toile, mur, bâtiment ou ville. C’est également le cas des pages de ce petit opus extrait de « Conversation avec… » (Éditions Tandem) où Jean Glibert, en discussion avec Raymond Balau, met la « couleur » en images et en mots. La rigidité de la série était nécessaire pour pouvoir s’en échapper.

Pour Jean, une toile blanche mettait trop de limites à sa liberté. Il était en quête de cadres et de collaborations. Comme un architecte. Avec toutefois – privilège de l’artiste – moins de sérieux que l’architecte. En se taisant, en écoutant, en souriant, il absorbait les différentes voix qui l’entouraient. En jouant à l’intérieur de la structure, il aboutissait ensuite à un concept à la fois à l’intérieur et à l’extérieur des lignes.

Il aimait venir en prospection au Palais des Beaux-Arts de Victor Horta pour son exposition Jean Glibert. Peintre en bâtiment (2017). De préférence en compagnie d’un des commissaires ou de son épouse Véronique Deleu. Sans une autre voix – familière –, tout travail était en réalité impossible. Avec pour seule arme de la peinture, il a réussi à transformer l’architecture d’Horta sans toucher à l’intégrité physique du bâtiment.

Quand on sait travailler avec peu de moyens, on crée davantage de possibilités. Pour la station de métro Merode, Jean a réorganisé les mêmes carrelages que ceux achetés pour l’aménagement de la station. Alors qu’une de ses œuvres à Bozar risquait d’être repeinte, nous l’avions consulté in extremis. Jean avait alors refusé qu’on dépense de l’argent pour sauver son œuvre. Après avoir fixé pendant une demi-heure le carré noir brillant, nous avons alors décidé de laisser en blanc le mur sur lequel il se trouvait, « comme une feuille blanche » dans un nouvel environnement. C’est pourquoi une fresque murale est aujourd’hui toujours intégrée au Salon Europa (2018-) de Traumnovelle.

Jean Glibert m’a appris la force de la couleur. Ancien professeur à la Cambre, il savait inspirer sans être donneur de leçons. Je n’ai jamais cessé de suivre son travail : Albedo avec Ann Veronica Janssens au MAC, sur le site du Grand-Hornu ou Jean Glibert. Série 2019-2021 au Keramis, à La Louvière. Ces dernières années, son agenda était bien rempli. Nous avons encore pris plaisir ensemble autour d’un dernier projet inachevé de porte pivotante : « ce n’est pas une porte, c’est un mur ». Véronique m’a même envoyé des photos de la maquette en papier, éclairée du petit rayon de soleil qu’ils avaient attendu ensemble pour capturer le reflet.

À lire également

Inscrivez-vous à notre newsletter
  • Ce champ n’est utilisé qu’à des fins de validation et devrait rester inchangé.