Toute personne qui consulte les sites web des jeunes architectes et des collectifs ne peut ignorer les représentations de soi ambiguës et les contradictions apparentes qui marquent la description de leur pratique. Mais, ce qui est bien plus fondamental, c’est l’ambiguïté de leurs œuvres naissantes. Nous présentons ici quelques pratiques qui, à première vue, ne pourraient pas être plus différentes les unes des autres.

Le 20 janvier 2022, l’ingénieure-architecte et artiste plasticienne Jolien Naeyaert s’est adressée à un public assis à une longue rangée de tables multicolores sur la place asphaltée devant De Singel à Anvers. À l’occasion d’une nouvelle série d’expositions1, elle a été invitée à réfléchir à ce que c’est qu’être un ou une jeune architecte. Sa proposition est notamment un clin d’œil à Maarten Delbeke qui, en 2005, au même endroit, se demandait à voix haute si Kersten Geers et David Van Severen, les premiers participants à la série d’expositions « 35 m² Jonge Architectuur » (trad. litt. : 35 m² de jeune architecture), étaient jeunes ou « frais ».2 Ou encore à Jo Crepain qui, en 1988, au nom des 28 angry young men3 et face à quatre ministres, avait manifesté au vernissage de l’expo « Jonge Architecten in België » pour pointer l’inexistence d’opportunités pour les jeunes architectes. Un petit quart de siècle plus tard, Marie-José Van Hee, en tant que seule angry young woman présente sur la place, écoute attentivement les propos de Jolien Naeyaert : 1 Voir https://www.vai.be/projecten/tafelzetting 2 Maarten Delbeke, « Jong of vers? », in: Paul Vermeulen, Maarten Delbeke, Christophe Van Gerrewey e.a., Moderne tijden: teksten over architectuur, Gent (WZW Editions and Productions), 2007: pp. 125–127. 3 « Open brief aan ministers De Wael, D’Hondt, Geens, Olivier en al wie op een of andere manier betrokken wordt bij bouwen en renoveren », archives S/AM, Collection Vlaams Architectuurinstituut.