La 18e Biennale d’architecture de Venise intitulée The Laboratory of the Future, sous la houlette de la commissaire d’origine écossaise et ghanéenne Lesley Lokko, regarde la vérité en face. À l’échelle mondiale, les crises se succèdent : crise climatique, crise de la biodiversité et, dans la foulée, d’innombrables crises humanitaires – toujours avec les mêmes usual victimes. S’ajoutent à cela la crise des matières premières et quelques guerres destructrices… La fin n’est pas encore en vue et les solutions sont rares. Le monde de l’architecture ne peut toutefois plus faire comme si de rien n’était et doit élargir ses perspectives, tant en termes de contenu que de territoire. L’architecture doit devenir un Laboratory of the Future. C’est en tout cas ce qu’estime Lesley Lokko. Mais s’agissant de l’état dramatique de la cité des Doges, cette Biennale semble elle aussi faire davantage partie du problème que de la solution.

Par un geste à la fois symbolique et plein de sens pratique, The Laboratory of the Future met en tout cas en application ce qu’elle prêche. Lesley Lokko, en reprenant dans son intégralité la scénographie de la Biennale d’art 2022, The Milk of Dreams, fait l’économie d’une montagne de déchets. La commissaire ne considère pas son exposition comme un « récit », mais comme un moment dans un processus de changement. Ce changement s’articule autour de deux thèmes : primo, l’attention ne va pas à de « grands noms », mais à des architectes et penseurs qui ont toujours fait fi du discours architectural – en particulier celles et ceux issus de la diaspora africaine.